J’ai piscine 4


Les garçons sont sages. Quatre t-shirts dépassent en vrac du casier. J’y ai fourgué deux sacs à dos, 3 futs et 8 godasses. Reste encore une petite place pour mon jean. Trop fort le mec ! Les jumeaux portent les serviettes : une pour eux et une pour moi et le petit. Deux pour nous quatre, au plus simple, au mieux. Ces derniers temps, leur mère me le reprochait. C’est ça qui lui plaisait au début. Elle me disait : « tu fais passer les gens avant le matériel ». Mais aujourd’hui c’est mon samedi-sur-deux. Celui où je vis avec les garçons. Celui où je n’ai pas le choix. Celui où je profite de chaque heure avec eux.
On est marrant tous les quatre avec le même shorty de bain. Hop, Décath, hop un maillot à la taille de chacun. Ouais, c’était facile, je connais leur taille depuis longtemps. Même si ça change souvent ! 38 ans, les gars ! 3 marmots et papa top impliqué. Je m-a-i-t-r-i-s-e. WOKÉ, j’ai hésité sur la taille de MON maillot. 40 ou 42 ? Tu sais quand t’as repris le sport, que tu rêves de perdre du poids, que tu sais plus quelle taille choisir, et que t’as pas super envie d’essayer…  Après la séparation, j’ai fais ça. Reprendre le rugby. Enfin surtout les entrainements (sur le terrain, je suis trop vieux). Un peu pour moi, un peu pour la prochaine. Tu sais bien quoi : pour choper la nana improbable, de ton âge, sans enfants, libre, charmante et drôle qui adorera tes enfants de façon inconditionnelle.
Je défais le bouton de mon jean. Objectif ? Go vers les bassins dans moins d’une minute. N’oublies jamais un truc : même si tu te désapes, t’as l’œil sur les gamins ! Le petit joue avec la bouée, lui c’est OK. Les jumeaux se vannent. Tout se passe bien, mais garde la concentration. Comme au rugby : tu tombes un ballon et c’est la mêlée. Là-bas, au fond du couloir, des gens qui reviennent des bassins. Normal, en père aguerri, j’ai choisi l’heure entre le gouter et le dodo. Le plan est simple : on a piscine, on rentre, goûter-du-soir-à-daron, 8 heures dodo. 9h (optimiste-tu-es, maitre papa), je m’enfonce dans le canp’ et (optimiste-tu-es, homme connecté)  y’a Virginie Ledoyen sur l’écran. 
Là-bas au fond du couloir, avec les gens, cette nana, la peau trop blanche, un maillot de main une pièce trop coloré, les cheveux trop courts, trop de ventre. Je descends mon jean. Il passe facile. T’as bien perdu, mon pépère.  Je l’avais déjà oublié cette fille quand elle arrive à mon niveau. Je sors ma jambe du jean et me retrouve en position de l’échassier. Ses yeux. Oui, ses yeux en spectromètre de masse, là entre mes cuisses. Ses yeux qui me brulent. Et là, mon vieux, tu crains pour ta  dignité. Elle me matte comme si je me défringuais au pied de son lit. J’ai chaud, j’ai la queue qui titille. Putain, mec reprends-toi. Ses yeux qui se plantent dans les miens. Une fraction de seconde. Ils sont troubles. Ils sont à tomber.
Faites sauter les casiers gris !
Les garçons, sautez dans la piscine !
Les gens sortez-tous d’ici !

Warp Zone [1]

Reste encore un peu, les beaux yeux, j’y mettrai les miens, et mon sexe dans le tien, aussi.
On pourra s’aimer.
Tu veux  ?

[1] : Warp zone: terme anglais, « zone de distorsion ». Lieu permettant de se déplacer dans, ou à travers,  plusieurs nivaux, tel un moyen de téléportation


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

4 commentaires sur “J’ai piscine