J’ai aimé te voir nue 5


Acte 1


« Préviens-moi, quand tu pars pour plus de réalité »

Me voilà prête, habillée, maquillée, propre, mes quelques affaires prêtes. Je pars en avance, fais quelques soldes avec une seule envie : que le temps passe vite ! Un sms évocateur me rejoint, dans un magasin dont j’ai fait le tour, sans but, juste pour laisser filer le temps. Enfin, mon esprit reprend la liberté d’imaginer la suite.Nos sms suggestifs nous enchainent. Me voilà dans ma voiture. Ouf, il y a de la place tout près et dans le sens du départ. Top ! Hop, mon sac, et hop je suis au bout de la rue.

Le fameux hôtel ! La serveuse-réceptionniste-cuisinière me propose une table près de la fenêtre, « plus éclairée » précise-t-elle. Euh… ça m’arrange pas du tout. Je m’assois, mal à l’aise sur cette banquette. Pas à la bonne place. Je sens des regards interrogateurs. Madame, vous n’auriez pas un trou de souris au lieu de cette banquette illuminée ?

Un couple middle-age prend son café et la madame m’observe d’un œil torve.
Un gros monsieur tout vieux, tout pas beau, tout beurck qui zieute la dame pas trop moche, pas trop vulgaire, pas du tout à sa place dans le décor.
Le pilier du comptoir, un œil dans le dos, plaisante avec la serveuse.
J’ai la sensation de regarder de roman de gare. Et merde ! Je suis dans le roman. Et c’est moi qu’on regarde. Grisant. Impressionnant.

Madame que prenez-vous ? me dit-elle, dressant la table pour une personne
Pas dans mon assiette, je marmonne:  » j’attends quelqu’un ».
Gloups ! Les regards se font plus interrogateurs, encore, et me pèsent.
Dehors, il fait nuit. Je jette des coups d’œil vers la gare. Des voyageurs rentrent  chez eux,
après une journée avalée par le travail, . Des automobilistes, arrêtés au feu, tuent le temps en regardant par ma fenêtre. Et si parmi eux, se glissaient une de mes connaissances ?

J’attends. Et si je prenais mon livre ? Pas le temps, un sms annonce que tu récupères la cleF. Je suis là depuis 5 minutes en temps comptable.

Je suis là depuis une éternité en temps appliqué.
Tu arrives, avec ta petite valise.
Je ne sais plus si on se fait la bise.

Tu penches sur la table pour me glisser à l’oreille un capiteux « tu connais personne ? » Mes mots en sont muets de trouble.
Elle revient. « Un conducteur de train » lance-t-elle, d’un ton faussement détaché.
On commande, elle sert.
On parle de ton boulot. Elle reste discrète.
Je me concentre sur toi, tes mots, ta voix. Je prends ta main posée sur la table, rejouant une scène fuite une première fois.
Voilà. On y est. On se lève. On est au comptoir. Tu passes derrière moi. Tu me déshabilles du regard. Ta main frôle mon dos en une agréable et chaude sensation. Tu déposes un baiser dans mon cou. Frissons troubles.
Elle revient de la cuisine. Elle a vu le baiser. Elle sait. Elle encaisse. Chacun paye sa part : elle en est sûre, maintenant. Le conducteur va distraire son découché...

 

***

Illustation: une femme se déshabille en gare d’Angoulême. | maxppp


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