Il lui reste 8 minutes pour atteindre le réverbère… 5


Allongée par terre, le sol danse sous elle. Sang, vomi, sœurs, père, inconnu, rêves, Alice : son plus vieux cauchemar refoulé tournoie, nauséabond. Le chat fou, les cartes à jouer délirantes, le lapin dingue de temps, le sang, le lapin, les sœurs… Les mots tourbillonnent en boucle. Le monde, autour d’elle, rapetisse comme dans entonnoir. Fièvre de cheval. Les images se font et se défont sans contrôle. Elle a chaud froid, chaud encore. Elle essaye de se lever, mais son corps ne répond plus. Elle entend son prénom, le lapin, le sang, son prénom, Alice. Elle essaye de soulever ses paupières et de sourire. Impossible. Son prénom encore. Des voix lointaines parlent autour d’elle. Elle a peur. L’inconnu des 48 minutes. La clef. La petite porte.

 

Les voix disent que c’est déjà arrivé une fois quand elle était toute petite. 3 ans. Elle avait eu un geste inexpliqué. Elle avait collé sa bouche à la plaie sanguinolente de sa sœur, qui venir de s’ouvrir le front. Comme dans le conte où le prince sauvait la princesse par un baiser de vie. Son père avait hurlé de peur. Sa fille était-elle une psychopathe ? Elle avait vomi puis perdu connaissance. Fièvre. Hôpital. C’était une époque où les enfants ne comptaient que peu. Leurs émotions encore moins.

Les voix sont floues. Le cauchemar tourne dans sa tête comme un fou. L’inconnu, le flacon, la petite porte, le sang. Elle voudrait se réveiller. Parfois, elle parvient à entrouvrir ses paupières. Dans un rayon, elle voit l’inconnu lui sourire. Elle sent une main sur la sienne, se berce à une voix grave et rassurante. Elle entend son prénom. Elle a peur. La porte. Noir complet.

Nue, allongée sur ce lit, elle le regarde aller à la fenêtre. Avec cette langueur qui suit l’amour, elle contemple ses fesses. Il regarde la pluie dessiner des volutes aux carreaux. « Aujourd’hui, nous fêtons, le jour de notre rencontre, tu te souviens» Elle éclate de rire. « Bien sûr que je me souviens ! Quelle frousse tu as eue. T’as cru que j’étais folle !» « Rencontrer une fille par twitter, on peut tomber sur n’importe qui !». Il se retourne. Il contemple sa beauté au repos. Elle lui sourit. Il vient poser ses lèvres aux siennes dans un baiser amoureux et joyeux.

***

Pour comprendre le titre de ce billet voir ici :

J’ai joué au jeu de l’histoire où chacun raconte la suite, à sa façon. J’ai souvent joué oralement. Cette fois, par écrit, avec d’autres blogueurs. Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre les personnages au  lit…

Merci à Ici et ailleurs pour l’illustration sonore :)

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