Hurler avec les loups 3


Hurler avec les loups

Ils parlent, ils parlent. Les arbres se reflètent dans le miroir, le vent fait bruisser l’arc en ciel dans les biseaux. Le miroir est loin de nous, loin de ces mots qui redisent, sans cesse, par vagues régulières, que nous sommes bien entre nous, avec les mêmes idées. Nous sommes super accueillant avec les différents. Alors j’ai dit une parole différente. Alors, j’ai percutée le mur.

Le miroir par la fenêtre reflète les rêveries arc en ciel. La pièce est sombre, banale au goût de stupre. Mi allongée au pied de l’homme, la bouche appliquée, la dure entre les lèvres, je suis plongée dans les ailleurs où nul ne parle. Ils se taisent, ils se taisent, ils se branlent et l’instinct se reflète au fond de mon cerveau. Mi allongée au pied de l’homme assis, nue là où la pudeur du corps n’est pas, un autre vient à mes lèvres. L’autre joue. Mon dos à une cuisse large s’arcboute. Mes yeux s’accrochent aux pupilles de l’homme, désespoir de la jouissance inéducable. Tu es belle.

Ils parlent, ils parlent encore. Je parle aussi à cette femme dont je ne connais pas le goût. Jamais par mes lèvres, elle ne laissera la jouissance naître. Dans mes souvenirs se reflètent la moule souple, et le nez enfoui. Le bassin de l’acrobate se soulève, elle gazouille. J’explore chaque rigole. Ma langue suit une cannelure qui bêle doux. Un sillon, une infime colline et là, dans le creux, réside le haut de la vague. Je reste longtemps à contempler du bout de ma langue. Elle est bonne. Sans relâche, je suis aux aguets, je change et je vrille. Chaque parcelle de chair coquillage, chaque parcelle réagit. Arrêter et reprendre, pour attraper un cri volatile. Merci dit-elle.

De larges gouttes étalent leur impudeur sur les vitres du salon. Ils agitent les mêmes idées réchauffées. De fines gouttes épaisses tombent, une à une, sur mon visage. Le ventre de l’homme claque, mes cuisses sont déployées et goutte après goutte il prend mon visage. J’aime le désir qui s’écoule par tous les pores. Homme coule, butte, arrête, tourne, baise encore jusqu’à l’éclair. Puis encore, après la pluie.

Il faudrait vous hurler combien la chair est le don, les paroles sont poussières, la jouissance est d’or, le cri est un diamant. Cessez de parler, HURLEZ !

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Illustration : Antoine Déprez


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