Hebdo 7


Je ne lis pas Charlie. Je ne l’ai jamais lu. Je ne connaissais à peine le nom de ces dessinateurs. Je n’aime pas fluide glacial, je n’ai jamais ri à ces trucs là. Cet humour ne me parle pas (celui de picsou non plus, hein).  Pour moi le Canard enchaîné et Présent jouaient dans la même cours : celle du mépris de son ennemi sans considérer celui qui est différent comme porteur de la même humanité.

 

En ces temps-là, quand naissaient ces élans dessinataires, j’étais enfermée dans un monde parfait, dans un monde qui se voulait intègre et hors du Monde. Tout ça – le sexe, l’irrévérence, les doigts d’honneur, l’anarchie, la satire et la remise en cause des religions- ne passait pas le placenta de la matrice. Le fanatisme, je le connais de l’intérieur.

 

Puis, j’ai commencé à regarder ailleurs, et à voir passer ces caricatures (dont celle de Charlie Hebdo) qui me faisaient penser aux caricatures révolutionnaires. Je déteste le mordant de l’ironie, j’admire le travail de synthèse de la caricature mais je ne prends pas plaisir à la simplification qu’elle opère.

 

 

Et aujourd’hui, je pleure la folie des hommes. Je pleure l’enfermement de la pensée qui conduit à la haine. J’ai peur de la bêtise, du fanatisme contre lequel on ne peut lutter directement par la raison. J’en sais quelque chose.

 

Et pourtant,  aujourd’hui, apprenons à nos enfants l’ouverture d’esprit, la bienveillance pour les roms ou leur voisin de classe. Aujourd’hui apprenons les différentes religions, leur point fort et leur faiblesse. Apprenons que la vie de l’homme de l’accueil tué lors de cet attentat a autant de prix  que celle des journalistes. Apprenons la différence et la valeur de chacun.

 

La guerre, ais-je dit à mon fils alors qu’il me demandait ce matin-même avant la tuerie ce que c’était la guerre, la guerre c’est la peur. Avoir peur est normal. Se faire abattre est une abomination. Se laisser abattre est une erreur.

 

Illustration : Les 400 Bulles 

 ***

 


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 commentaires sur “Hebdo

  • Paul Auster

    Plus de cinquante ans que cabu ou wolinsky me faisaient rire en décapant tout, souvent avec tendresse et toujours remontés contre la connerie et l’obscurantisme.
    Je pleure la liberté et je trouve que tout celà a une vilaine odeur de début de quelque chose de très long et de très grave.
    Je suis Charlie.

  • M STEED

    Justement ils avaient des avis libres, des dents croquantes mais surtout au nom de l’humour et de la liberté d’expression, surtout qu’ils haïssaient les fanatismes (trou noir aspirant toutes les libertés). Et justement nous avons aussi comme eux le droit d’aimer ou pas leurs caricatures, mais ‘est le première des bases de notre liberté, Liberté à tous !

    Mais jamais liberté rimera avec violence, terrorisme, abomination.

    Vive la Liberté

    Soyons tous des CHARLIE