Gueule de bois


Dans l’évier s’écoule du mauvais rosé. Son de liquide et d’air jusqu’au vide. Même mauvais, le vin enivre la soirée. Il était beau et coloré. La bouteille dénuée rejoint le sperme conservé dans un petit sachet oblong et noué. Je lie les fils jaune du sac noir. Il ne reste qu’à jeter les souvenirs dans la poubelle de la rue.  Hier encore, la chaleur nous avait couché sur les tapis bleus et gris. La chambre était trop haute, trop chaude, trop intime, jaune et grise. Il était orange et craquelé.

C’est à la fenêtre que tout a commencé. J’ai regardé la rue, montée sur le marche-pied, le cul moulé dans cette vieille jupe noire, cadeau de mon amie. Je me suis penchée un peu à l’air frais. La rue était sage et sale.  C’est une invitation a-t-il demandé. Que veux-tu faire, ai-je ajouté ?

J’hésite à mettre mes mains sur son orange, je tâtonne sans savoir si le chemin des tétons est sûr. Sa nuque est une crête. Puis-je en tomber sans me faire mal ? Nos lèvres se rencontrent à peine, ou peut-être, ou pas. Ses doigts se posent sur mon dos presque nu sans savoir où va la soirée. Temps suspendu. Je respire son cou, son épaule. Mon corps peut sombrer au-delà. Il passe dans mon dos, dur. Une main entreprend mon sein sous le gris tandis que l’autre se faufile sous ma jupe. A demi-nue, j’aime et la rue remonte par les toits. Je tire la ficelle du pantalon de lin. Il tombe. A demi-nu.  La suite connait les gammes. Jolies par ailleurs.

Toute contre sa peau, je pourrais basculer dans l’autre monde. Je les entend. Ils parlent sans moi. Collés son épaule, ils chuchotent inaudibles. Plus loin, ils se taisent. Ses doigts sont habiles et je gémis. Assise sur les talons, je le regarde. Retour peau à peau, ils se remettent à crier, silencieux. Je voudrais qu’ils se taisent. Vous n’êtes que des égarés. Silence, mots stupides ! Sa peau se craquèle sous l’âge. Ma langue aime. Lécher. Faire l’amour sur les tapis. C’est érotique. Il me tient ferme. Il pince jusqu’au bout de ma résistance. Faire le sexe, faudrait-il dire. La main dans ses cheveux, je masse.  Visage détendu, il est étendu, bien, ami dans un salon. Sa peau s’approche encore, les mots hurlent si fort, ils hurlent je t’aime à même la peau.

Je ferme les liens du sac poubelle.   Trois souvenirs, bouteille vide et préservatif plein. A poser dans la rue.

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Illustration : Darius Laumenis

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