Filet 1


mermaid

Par trois fois, je suis revenue de voyages immobiles scandés par le bruit des trains en vallée. Tantôt squaw au poteau, tantôt feuille raide suspendue au néant, tantôt comme on dit là-bas, tantôt gambas à la queue de sirène, ma peau est en érection. Chaque pied monte, chacun tente d’être docile mais cela ne se décide pas à coup de volonté. Tout à l’heure, je saurais me faire algue dans le courant, mais tout à l’heure seulement. Les sens en érection, les wagons lointains, la chaleur de l’été sans fin, la respiration, le métal pointu sur les cuisses, tout ceci n’a aucun sens. Des pointes roulent sur ma cuisse comme si le chemin de fer était ouvert sur le vide. De lourdes étoiles scintillent au bout de mes seins, mais je n’en sais rien. Et le train vole au-dessus des arbres. Puis un ongle sur la lèvre caresse le clavier. J’entends le piano. Puis-je, s’il te plait, aller plus loin ?

Dans la faille d’introduction, mon soutien-gorge était tombé sur le parquet, dans un petit bruit mat. La dentelle noire aux petits nœuds rouges avait rejoint un t-shirt noir. Enfin se fondit dans le bois, la jupe de vélin beige, celle que tu connais, celle qui hante mes rêves depuis le jour du sein pincé.

Sa peau est à quelques centimètres, inaccessible effluve de son odeur que l’été fait germer. Son corps est à demi-nu et, quand par mégarde, je me raccroche au réel, mes yeux s’attachent à son mini short gris clair, sans ourlet. Les poches intérieures dépassent sur ses cuisses. Je me fixe à ce tissus déchiré comme une bouée au milieu d’un océan sans sol, horizontale sans plancher des vaches, exploration tribale sans but.

***

Revenue de voyages, je voulais que Victor vienne au secours de mes envies. J’avais laissé la culotte noire dans la chambre où je ne dormirai pas. Mais, à cette heure-ci le cœur bat à l’envers, et Victor bon serviteur restera un témoin immobile. Au loin, le piano joue les notes qui m’ont fait écrire un petit martinet. Je respire mes souvenirs musicaux, repères familiers dans lesquels que je peux me laisser porter. Aux oreilles à nouveau, le piano en boucle caresse les mots inscris ici. Je me sens poussé au sisal.

Au sisal, assise, puis j’ai oublié. Mes fesses tendues réclament si fort, dans le silence de la nuit, qu’une petite flamme plate vient les soulager. Elle est solide et ronde, mais je ne le savais pas. Large sirène prise dans les filets du bucheron, découpée aux fils de l’âme. Le gardon lutte. La fontaine ne s’apprivoise pas d’un coup de badine. La main retient le cou. Les corps se râpent. Ma tête contre son épaule voudrait se noyer de sueur. Le labeur est rude. Les souffles sont courts. Et je cherche encore une issue de mer. Il n’y en a pas. Enfin, mon dos se laisse être balancier abandonné.

Yeux contre yeux, liens contre liens, ventres emprisonnés, le temps n’existe plus, assis sur le sisal. Lier aux corps, liée à son corps, une corde autour de son ventre, des milliers de liens dans ma chair, est pris qui prend,  corps asymétrique et fesses au tapis, prise dans des filets qui vont au-delà de ça.  Tu es belle comme ça.

***

Illustration : lostonezero


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