Et d’eau fraiche 2


Sur les murs, j’ai rayé ton nom. Je l’ai gribouillé de traits parfumés. Je l’ai dessiné à l’encre sympathique pour tu sois un filigrane sous la peau. Il ne faudrait pas que nous te  reconnaissions car tu fais fuir au loin, ou encore nous agripper sans bouée. Pourquoi, dès que nous te prononçons, nous nous sentons liés sans fin, jusqu’à ce que la mort nous capture ? Pourquoi serais-tu au singulier face aux orgues naissantes ? Sur les barricades, il faudrait hurler ton nom. Dans les couches secrètes, il faudrait laisser exploser ton son.

Si tu étais une corde, je t’enroulerais autour de nos corps, douceur ardente. Au fur et à mesure de l’instant, nous tisserions des intensités. Au cœur de la masse, nos visages disparaitraient. Nous nous donnerions l’un à l’autre. Nos jambes s’allongeraient de chaos suave.  Nous serions tantôt le meneur de tango, et tantôt le danseur qui répond. Nous serions à la fois la meneuse et la suiveuse, la violence et la douceur, la corde de lin et le tissus de soie rouge. Je te glisserais partout, attentive à chaque sursaut de nos sens. Puis, je te détacherais, soupirs par soupirs, pour te laisser jouir, libre chat de mes nuits, doux félin des origines. Tu serais une déesse égyptienne auprès de ta blonde. Je serais un dieu de la montagne couronnée.

Je t’ai rayé de la tasse de thé bue sous la lumière tiède d’un matin d’avril. Je t’ai effacé de tous les mois du calendrier. Je t’ai tant retenu, coincé dans ma gorge, que même sous les plaisirs de chair, tu ne te faufiles plus au creux de mes lèvres. La dernière fois je t’ai entendu, c’était dans la bouche d’un autre sur un trottoir de Paris. On raconte que c’est ta ville. Je t’y ai perdu au milieu d’une place qui jouxte un parvis de gare. Je t’ai lu sur des lèvres, muet murmure au travers d’un wagon sur le départ. J’ai dû attendre un matin seul avant de remonter dans un train.

S’il n’était pas interdit de t’interdire, je te susurrerai sur les murs contre moi. Je te dirai aux hommes de mes lits, aux femmes de mes liens, aux amis de mon cœur. Si iels ne prenaient pas peur lors de ton souffle sur mes lèvres, je te chanterai au pluriel, au singulier, au féminin, au masculin et au présent. Tu serais Aphrodite tandis que je percerai le lobe des humains d’une flèche lovée de bonheur. Nous irions semer ton nom sur les passants, nous te dirions quand le cœur nous en prend. Tu serais l’instant des siècles et des siècles. Je t’aime.

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illustration : Petite Luxure


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