Double J 6


 

 

C’était une chambre avec vue sur grue, c’était trois corps et un double masculin, c’était mon doigt qui bataillait en toi pour tenir le fortin jusqu’à ce que tu rendes les armes, c’était mes jambes écartées qui campaient sur leurs positions. Et toi qui nous regardais.

Là-bas, sur le quai de gare, nous avions perdu l’anonymat de nos visages. Comme avec toi. Nous avions déjeuné. Comme avec toi. Nous n’avons pas monté de tour. J’ai ôté mes chaussures noires pour les remettre. Les mêmes chaussures plates, les mêmes chaussures rouges.

Je suis à la fenêtre pour contempler la ville. Comme avec toi. Ici, je suis nue et j’ai joui. Là-bas j’étais habillée et, sous la pression de ton sexe entre les étoffes fines, j’en avais perdu la contemplation. Là, la chambre est anonyme. Et, toi, je te connais bien mieux depuis.

Suivre ton sillon, remonter jusqu’à l’origine de toi, revigorer le téton, embrasser tes lèvres, soulever la douceur et abattre des baisers. Les boutons de chemise ici et ceux-là aussi. Je ferme les yeux et commence le voyage à votre nuque. Chacune de mes paumes ressent vous, chacun de mes cerveaux ne peuvent classer les sensations. Il me faut sentir, sentir sans fin, vos peaux. Une main large, une fine. La fermeture éclair glisse encore et ce sont vos doigts qui finissent, qui font sauter le zip, qui accèdent à la chair, les vôtres, mais je ne sais déjà plus lesquelles. Même vos ceintures sont pareilles. La chemise blanche  valse sur le fauteuil et la mauve la rejoint à son tour. Tous ces baisers doux et au loin la grue.

C’est une chambre avec un grand rideau blanc. Un rideau pour les artistes, pour les chirurgiens mais pas pour les dentistes. Derrière le rideau blanc, les chirurgiens œuvrent à cul ouvert.Passe-moi le rose, dit-il. Et, plantée dans vos yeux, j’ai joui.

Ton cul offert c’est une chambre fermée qui s’ouvre avec le temps de la douceur. Il faudrait voir vos fesses lisses et immobiles attendre ce quelque chose, que mon doigt ne saura vous donner. Il me faut des huiles pour masser votre dos et tenter d’amadouer votre peau.

 

Ta chambre noire est accueillante. J’ai senti, dès que j’ai poussé la porte, que tu m’ouvrais grand les entrailles. Welcome semblait dire les battements de tes sillons au bout de mon doigt. Et ta chambre noire fut vite confortable. Elle est l’antichambre du rodéo qui s’annonce. Ton désir, puissant, cabré, poilu, ton désir s’abandonne et me désarçonne. Mais mon doigt tient le bastion, fermement.

 

Ta chambre noire tout autour de mon doigt, ta chambre noire comme le scalpel du plaisir. Tout y abandonner, ta peau mate sur les draps blancs, ton dos qui se cabre, et, ton sexe tendu et gémissant. De l’autre monde, ton regard revient me visiter. Je goûte ce regard, je le suce jusqu’à la moelle car je sais. Je sais à quel sursaut de conscience il faut consentir, pour offrir ce regard de jouissance. Ton âme et l’esprit et le corps et tout le présent est perdu entre tes muscles puissants. Lâcher prise, lâcher la digue. Mais moi je ne te lâcherais pas avant que ton corps l’ait décidé, je résiste à l’assaut de te cuisses, j’ai la force d’un bœuf. Je ne te lâcherais pas.

 

Tes râles emplissent la chambre. J’en suis l’auteure étrangère, l’humble doigt face à ton  plaisir. Il faudrait voir ton torse tressaillir, et tes yeux s’enfouir dans l’oreiller, t’entendre gémir, convulser. Là l’explosion ultime entre mes doigts frêles, là les ronds de sperme qui se dessinent loin de leur point d’origine. Là contre ton torse, j’écoute ton cœur qui bat, je savoure l’infime abandon de ton être. Là contre toi, je repense à l’autre cul lisse et immobile qui attendait quelque chose que le même doigt ne saura lui donner.  Là contre ton torse, ma peau est au diapason de ton séisme.

 


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6 commentaires sur “Double J