Don Juan 1


 valognes22

Don Juan :
Je vous ai vu expansive et audacieuse comme seules le sont les timides. Une âme fine et décalée, vous étiez un met de choix. Sans trop de résistance vous m’avez donné vos coordonnées. Oh, avoir votre chair serait facile, femme libérée.  Je vous ai laissé mariner un peu que votre désir soit à point par des mails polis et polissions. Tourne autour d’elle, galant et civilisé, me dis-je. Je voulais obtenir votre peau. Et bien sûr, je l’obtiens, un soir après un verre. Mais votre peau, ce n’était point assez. Non c’était votre cœur qu’il me fallait. Alors, je pris le temps des messages doux après les rencontres. Je vous ai préparé des cafés au petit matin, j’ai serré l’oreiller sous ma joue à l’aurore. Je me suis installé dans votre lit, régulier. Et un jour,  assise au bord d’un bureau, les jambes enlacées à mes cuisses,  vous m’avez donner votre cœur, entre deux râles, dans un «je t’aime» sonore.

Mlle de la Pine
Oh Don Juan ! Vous vous souvenez de tout ? Vous souvenez de notre amour ? Revoyez-vous mon téléphone posé sur la table de chevet que j’ai…

Don Juan :
Non. Je ne me souviens pas.

Mlle de la Pine:
Mais si, il était…

Don Juan :
Non. N’insistiez pas ou allez découvrir la vérité.

Mlle de la Pine :
Quelle vérité ? De quoi parlez-vous ?

Don Juan :
Je ne sais si c’était vous ou une autre. Je ne vous ai jamais aimé Mlle de la Pine. Jamais.

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Librement inspiré de la Nuit de Valognes de Éric-Emmanuel Schmitt.


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Commentaire sur “Don Juan

  • Paul auster

    Je me souviens de tout,
    De tout.
    Comme de gouttes de rosée bues au calice des fleurs, une a une,
    Comme du souffle du soir sur les lavandes brûlantes
    Et des perles qui roulaient au sillon de votre dos, dans le plaisir.

    Et du téléphone, toujours, bien sur :-D