Dixit


Sur la carte à jouer, un escalier rouge grimpe. Dès que je vous ai aperçu, monsieur, mon sexe s’est approfondi. Vous portiez un pull marron, un peu élimé, un pantalon de velours beige et des chaussures de marche. Sur un coin de table, vous déposez une polaire bleu marine, et mon sexe imagine le vôtre nu comme un ver, brillant à bout, rosée du matin à recueillir. Je ne voulais pas vous déranger avec mon œil si poli qu’il en est malhonnête, alors j’ai évité le vôtre, marron sous une châtaigneraie. Nous avons échangé deux mots au bar. La serveuse est si jolie que mes entrailles fondent son sourire mais je ne le lui dirais jamais. Tout au fond de la salle, un autre homme me regarde les yeux luisants. Il ne m’a pas reconnu.

En haut de l’escalier, une porte en bois décorée d’une immense serrure rouge, est fermée. Mon ventre se serre. Tous les trois, l’homme aux chaussures de marche, celui aux yeux pétillants et moi-même sommes assis à la même table à échanger des phrases. Je voudrais vous toucher monsieur, vous prendre la bouche. Ma langue dans la vôtre salive de désir. Je n’en ferai rien. Et votre consentement ? Vous rougissez, monsieur, avant de raconter cette honte sexuelle d’adolescence que vous déposez sur la table du bar. Au dessus de la serveuse, une licorne rose bande, fière. Et mon sexe approfondit davantage le désir. Il est là, tout au fond de moi, animal puissant, affamé. Vous êtes petit, monsieur barbu. Vous parlez d’une rencontre dans un pays étranger, dans un lit étranger. Vous dîtes une nuit câline sans que des sexes se croisent. J’ai envie de vous, monsieur qui disparaissait à une autre table.

Sur la carte à jouer, au dessus de la porte, deux arbres en formes d’humain s’embrassent. Et le matin est venu. Calme et simple. J’ai repris la route au volant du quotidien d’où l’esprit s’évade pour voguer à sa guise au-dessus d’un trajet gris. Et tu es revenu. Je t’ai vu dans la lumière du store troué où dort ta chambre aux cadres dorés. Ta hanche était lascive. Le pare-brise avait disparu, les camions s’étaient envolés. Je sentais ta barbe douce sous ma paume. Et mes cuisses autour de ta taille. Je tentais d’esquiver l’image de mon ventre mou (trop mou). J’ai jouis par deux fois, laissant de côté complexes et craintes. Lové contre ton épaule, ton regard tendre m’a émue. Sur le chemin du quotidien, je suis heureuse que ce soit ton corps que l’esprit me ramène sur la berge des souvenirs. Et non un autre. D’une main sûre, je remet la carte dans le jeu et le jeu dans la boîte en carton.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *