Contact- Qui suis-je ? 10


GierBienvenu à toi passager clandestin de la voie lactée. Que trouveras-tu ici ?

Des émotions intenses, éclectiques, décalées, crues, intemporelles, jouissives.

Tu dénicheras les mots osés de la vie, des mots sages sur le vit, des langues ardentes, des sexes brûlants, des poèmes déculottés et des rires. Tu trouverais peut-être des motifs d’agacements. Et du sexe à portée de mots. J’ai l’ambition de mettre en mots la chair et le foutre qui collent, l’émoi et le désir délicat, l’amour et la baise et les deux à la fois et l’un sans l’autre.

Je suis la tenancière de ce blog, joueuse de mots crus et poétiques. J’ai plaisir à écrire. Si tu n’aimes pas, va, vogue et trouve le site qui te convient. Si tu as envie, lis, commente, reviens,  prends ton pied et jouis dans les mots.

Quand à savoir qui je suis… juste la personne qui tient ce blog. Si tu tiens vraiment à en savoir plus, regarde les ITW dessous.

Illustration : Carnet d’Eros

***

Contact :

Illustration : Varenne

***

ITW réalisé par Ian Lid en 2014

Tenir un tel magazine est parfois exaltant. Qui d’autre peut recevoir un e-mail disant « j’aimerais être interrogée pour parler de la jouissance que me procure la sodomie » qui ne parte pas directement dans le dossier Spam ? Mais commençons d’abord par quelques préliminaires…


Interview par Ian Lid.

Ian : Quelle musique faut-il que je joue pour que tu aies envie de coucher avec moi ?

Marie : Pour coucher avec toi, il faudrait que je voie tes yeux. XX est un de mes choix du moment. Pas seulement pour les initiales.

Je crois que tu souhaitais nous parler d’un sujet particulier. Veux-tu nous en parler tout de suite ou préfères-tu quelques préliminaires ?

Je préfère les préliminaires pour préparer ce lieu secret.

Je comprends, il faut faire monter le désir et entretenir le suspense. Peux-tu te présenter en quelques phrases ?

Je suis une fille romantique mais qui déteste les bouquets cucul la praline, animale et douce. J’aime écrire et jouir.

Est-ce que tu sais faire pipi debout ?

Non. Je le ferais peut-être sur un bateau face à la mer.

Bonne idée. Le premier orgasme dont je me souvienne, c’était en montant à la corde – je devais avoir 7 ou 8 ans et je ne savais même pas ce qui m’arrivait. Tu te rappelles du tien ?

Très bien. J’étais déjà une très grande fille, j’avais déjà eu des enfants. Un jour sur un matelas à eau, un homme m’a fait jouir de ses doigts. C’est lui qui a mis des mots sur cette étrange sensation. « Tu as joui, a-t-il dit », et je crois que j’avais déjà joui en accouchant mais je n’en suis pas sûre.

Et tu es sûre que tu n’avais jamais joui avant ?

Oui. Du plaisir, pas de jouissance, encore moins d’orgasme.

Qui était cet homme, si ce n’est pas indiscret ?

Un elfe qui coupait des poissons (sourire).

Voilà qui sort de l’ordinaire. C’était il y a longtemps ?

Trop tard dans ma vie.

Et dirais-tu que ça a changé ta vie ?

Oui. Cela change ma vie. Je cherche quel est ce miracle, partout. Je suis comme devenue une vraie femme. J’ai pris confiance en moi. La jouissance est toujours un don merveilleux pour moi. Elle s’accueille dans le lâcher prise et avec d’autres.

Tu dis que tu es devenue une vraie femme. Est-ce que ça a été un déclic brutal, ou est-ce que ça a ensuite évolué linéairement ?

Cela a évolué doucement. Je me suis juste dit « comment ai-je fait pour vivre tout ce temps sans connaître ça ? ».

Est-ce que tu t’expliques ce changement d’une façon ou d’une autre ? Je veux dire, connais-tu la ou les raisons pour lesquelles tu n’avais pas eu d’orgasme avant ?

En partie dû à mon éducation, en partie dû à mon partenaire.

La religion, encore elle ?

Oui. Tu sais maintenant, mon plus grand rêve est que toutes le filles puissent jouir au moins une fois dans leur vie.

Comment est-ce que ça s’est passé, l’évolution, par la suite ? As-tu pris les choses en main, ou as-tu rencontré les bonnes personnes ?

Je ne me fais jamais jouir seule, si telle est ta question. J’aime trop partager cette intensité-là. Et oui, j’ai fait en sorte de rencontrer les bonnes personnes.

La question était surtout de savoir si tu t’étais documentée sur le sujet, si tu avais cherché à en savoir plus, ou si tu t’étais laissée guider par les bonnes personnes.

Je me documente encore. Je viens de lire un livre sur la jouissance et la philo. Je demande aux hommes comment leur vient ce lâcher prise. J’observe la jouissance quand je la vis, ou chez les autres.

Comment décrirais-tu un orgasme à quelqu’un qui n’en a jamais eu ?

La jouissance c’est un lâcher prise, un présent éternel de quelques secondes, une explosion ou une douce vague qui vous prend d’un coup.

Est-ce que depuis, il y a une expérience, quelque chose que tu as fait un jour, qui surpasse tout le reste dans tes souvenirs ?

Oui, une fois avec un inconnu dans une soirée. C’était magique, comme si nos corps parlaient le même langage. Mais j’ai plein d’autres souvenirs merveilleux.

Est-ce que tu jouis facilement, maintenant ?

Oui, facilement.

Violet a un faible pour la baise sur la plage. Et toi?

Du tout. Le sable, ça pique. J’aime le confort d’une chambre ou d’un lieu enveloppant qui me permet de lâcher prise.

Est-ce que tu as déjà fait l’amour à plus que deux ?

Oui.

Quelles “configurations” as-tu testé ?

Je n’aime pas trop parler technique avec des mots laids comme HHF et autres. J’aime les peaux qui se mêlent et l’échange. J’aime que les femmes ou les hommes présents aiment autant les hommes que les femmes. J’ai déjà eu deux hommes avec moi. Ou on a été deux femmes. Ou deux femmes et deux hommes…

HHF ne m’aurait pas trop parlé non plus. Est-ce que l’intelligence est excitante ?

Très. Indispensable pour moi. Ultra sexy.

Décidément, ça fait l’unanimité. Quelle est la chose la plus adorable qu’on t’ait jamais faite?

Venir me faire un coucou à la sortie de mon train, très tard. Juste un coucou, juste un aller-retour pour me voir cinq minutes. C’était géant. Puis un baisemain en pleine baise.

Et est-ce que parfois, la vulgarité est excitante ?

Entourée d’intelligence, oui.

Et les muscles et les tatouages ? Enrobés d’intelligence, bien sûr.

Je n’aime pas trop les muscles. C’est trop tendu. Je préfère les peaux souples. Les tatouages, why not.

Quelle différence fais-tu entre érotisme et pornographie ?

Une immense différence. L’érotisme c’est faire de la place à l’imaginaire. La pornographie, c’est montrer. D’ailleurs un porno qui me plait est un porno où on voit les acteurs ou les amateurs prendre du plaisir.

As-tu des films à recommander à nos lectrices ?

Aucun, je ne retiens pas les noms. Et je préfère de loin lire des histoires ou des BD car cela laisse plus de place à mon imaginaire.

Est-ce que ta découverte de l’orgasme a changé ta façon de t’habiller ?

Oui. Je ne m’habille pas très sexy, genre Lady Gaga, mais j’aime mon corps alors je le montre par touche. L’érotisme des petits riens : un décolleté, un peu de cuisses, jamais tout à la fois.

Justement, parlons un peu de ton corps, si tu veux bien.

Je t’en prie.

J’ai lu chez mon coiffeur que le poil faisait un retour en grâce. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Bonne nouvelle pour moi. Mais chacun est libre et j’apprécie autant les sexes lisses que les sexes entretenus.

Mais pas les sexes sauvages ?

Je fais avec.

Est-ce que tu aimes tes propres odeurs corporelles ? L’odeur de ton sexe ?

Oui. Les odeurs sont érogènes. Tu m’aurais demandé ça il y a dix ans, je t’aurais répondu le contraire.

Est-ce que tu as des gros seins ?

Ils tiennent dans une main… Enfin, chacun dans une main.

Quand tu pars faire un jogging, ou un autre sport, c’est string ou culotte ?

Jamais de string. Sport ? Culotte de coton tout confort. Nan mais !

Quelle est la partie de ton corps que tu préfères ?

Mes jambes. J’ai l’impression de répondre à un mec sur un site de rencontre, là tout de suite (sourire).

C’est le but.

(Rire) Nan, ne me dis rien sur le rire.

Genre “J’aime ton rire” ?

Et femme qui rit… tout ça.

Je n’aurais jamais osé. Question culture, maintenant ! Est-ce que tu as vu le film Deep Throat ? As-tu des informations à me révéler à ce sujet ?

Non, je n’ai pas vu. Le dernier film que je viens de voir est sorti il y a 7 ans.

Deep Throat est sorti il y a 42 ans ! On t’a pourtant laissé le temps (rire).

Pff. Je ne suis pas cinéphile, tu as vu ?

Oh, je ne sais pas si c’est du ressort de la cinéphilie…

Je viens de regarder sur Google.

Il faut regarder le documentaire Inside Deep Throat en même temps.

Très intéressant. Je regarderai cela.

Ça nous donnera une occasion de t’interviewer une seconde fois.

(Rire)

Au fait, pas de masturbation, donc pas de sex-toys ?

Si, masturbation mais pas de jouissance. Nuance. Pas de sex-toys. Je n’aime pas trop l’aspartame. Surtout pas de piles ! Je n’aime pas les vibrations mécaniques

Orgasme, baise et masturbation, tu es un peu l’exception qui confirme la règle.

Comme pour le sujet qui nous intéresse, enfin je crois

Parlons-en. En Arabie Saoudite, la sodomie est punie de lapidation. N’est-ce pas un peu exagéré ?

Je suis ravie de ne pas y habiter.

Comment as-tu découvert la sodomie ?

Un homme qui m’a susurré à l’oreille, je veux tout de toi. Je l’aimais bien et je me suis dit que c’était une bonne occasion de tester. J’étais excitée par son gland au bord de mon étoile.

Est-ce que ça t’a plu dès la première fois ?

Oui.

Est-ce que c’est ce que tu préfères par-dessus tout ?

Oui. Mais pas toujours, pas avec tous et pas tout le temps. Mais c’est LE truc qui me fait le plus de whouaou !

Est-ce que tu peux décrire la différence avec des mots ?

La différence avec l’orgasme vaginal ?

Oui.

Cela me prend aux tripes, j’oublie tout, je voudrais que ce soit éternel, tout mon corps est sous l’emprise du plaisir. C’est difficile à expliquer comme ça. Regarde plutôt sur mon blog où j’ai écrit un petit article sur une magnifique jouissance anale. Quand je jouis, je suis mon corps.

Tu es donc capable de jouir sans autre stimulation ? Il me semble que c’est effectivement assez rare.

Oui, sans autre stimulation. Si on me caresse le clitoris à ce moment-là, ça m’est désagréable, même. Cependant, ce « on » n’est pas n’importe qui.

Y a-t-il des critères pour que “on” soit la personne qu’il te faut ?

Le désir, et il ne se commande pas.

C’est son charme. As-tu déjà beaucoup parlé de sodomie avec d’autres femmes ?

Non. Dans mon entourage quotidien, ce n’est pas envisageable. Si je voulais en parler ici, c’était justement pour dire combien cela peut être bon.

Nous prêcherons au mieux ta bonne parole.

Oh ! Je ne veux convaincre personne. Juste partager ce qui est bon.

Parfois, un peu de conviction ne fait pas de mal…

J’aime, le plaisir, le don, c’est ça ma conviction.

Si tu devais mourir demain, quelle dernière expérience érotique voudrais-tu vivre ?

Je voudrais passer la nuit avec un amant que j’aime et pouvoir jouir encore au petit matin.

Dernière question avant de se quitter (jusqu’à ce que tu aies vu Deep Throat) : crois-tu aux femmes-fontaines ?

Je n’ai jamais vu, mais oui je sais que cela existe. Par contre, je déteste toutes les blagues qui tournent autour de cela. Elles doivent se sentir comme des bêtes de foire.

Je ne connais aucune blague là-dessus. Ça tombe bien.

(Sourire)

Merci beaucoup pour cette interview comme je les aime.

Un grand merci à toi, c’était un plaisir de te répondre.

Retrouvez Marie sur son blog, à lire et relire sans modération – ça rend peut-être sourd mais ça ne fait pas grossir.

Promis !

***

ITW réalisée par Maitre Roger, champion de la désinformation

Entretien paru le 13-10-2014

Authentiques tropiques : entretien avec Marie O, ethnologue

C’est un défi d’interviewer une blogueuse de la qualité de Marie O dans un web-journal satirique francophone de bon goût, pour publics de tous âges dotés de culture et d’intelligence (rappelons que celles-ci sont indispensables pour apprécier le second degré que l’on se vante de pratiquer ici). C’est donc avec délicatesse dans le maniement des mots et prudence dans celui des concepts que notre Rédacteur Suprême relève le défi. Note aux enfants et autres adultes habituellement choqués par la philosophie : vous avez le droit de lire l’interview de Marie O mais pas celui de visiter son blog. C’est interdit. In-ter-dit.

Marie O, qui es-tu ? Peux-tu te présenter à nos lecteurs et lectrices impatients de te connaître en trois héroïnes de romans pour illustrer trois dimensions de ta personnalité ?

Et bien, je lis l’Énéide en ce moment, un grand roman poétique. La mère d’Énée qui le soutient envers et contre tout, et, qui lui apparaît déguisée et en secret, est un personnage auquel je m’identifierais bien. Cette constance dans la filiation et le côté distendu de cette relation maternelle me parle. Or cette mère est la déesse Aphrodite qui s’unit par amour à un mortel, Anchise. Énée est né de cette union. Cerise sur le muffin*, cette déesse est associée à l’amour et à la sexualité. Pour tout le reste, allez voir wiki.

A bien y réfléchir, il y a peu de personnages féminins auxquels j’arrive à m’identifier dans les romans. Jeanne peut-être. C’est un livre écrit par Jacqueline de Romilly. L’auteure parle de sa mère et j’admire cette femme qui, veuve tôt, a élevé sa fille sans rien perdre ni de ses aspirations littéraires, ni de son côté décalé. Deux fois que je parle de la mère, vite un psy !

Et puis peut-être Alice Roy de la bibliothèque verte. Elle est détective et cela m’amuse toujours de chercher à comprendre comment fonctionnent la société, les personnes et les organisations. Ah, et j’oubliais Claude du Club des Cinq qui veut porter un nom de garçon. Comme je rêvais d’être Claude !

Et en un héros ?

Lorenzaccio m’a beaucoup touchée quand j’ai étudié cette pièce. Mais en répondant à tes questions, je me rends compte que les personnages qui m’interpellent le plus sont des vrais #gens : mon grand-père, une tante accueillante, un frère, ma fille, des auteurs, des amis…

Ton blog se titre « Authentiques Tropiques », référence évidente à Claude Lévi-Strauss. Quand as-tu commencé ton aventure ethnologique sur les Internets ? Pourquoi ? Pour qui ?

Par les forums, dans le temps d’avant. Ensuite, j’ai beaucoup z’ieuté les blogs d’illustrateurs. Je suis admirative devant l’esprit de synthèse et de création que demande l’histoire courte en quelques bulles, voir une seule. Un illustrateur/dessinateur, je ne sais pas le bon mot, est un observateur de la vie. Et les petites authenticités de la vie me passionnent.

J’ai commencé mon blog il y a un an et twitter il y a environ 6 mois. C’était un nouvel univers à explorer, et c’est enthousiasmant !

L’ethnologie est parmi les sujets les plus fédérateurs sur Internet depuis toujours, comme en témoignent des sites comme YouEthno ou Claude Levi et Michel ; as-tu déjà rencontré des passionnés d’ethnologie grâce à ton blog « Authentique Tropiques » ? Quels sont les sujets que vous avez approfondis ?

Sincèrement, je n’ai rencontré qu’une fois un ethnologue Irl, qui ne faisait plus d’ethnologie d’ailleurs, mais dirigeait un centre culturel. Ce qui m’a passionnée en discutant c’était sa vision globale du quotidien, comme s’il avait la capacité à prendre du recul sur son organisation (de travail notamment) et à regarder les petits évènements avec de la hauteur (sans se prendre au sérieux, genre perché).

Quels enseignements phénoménologiques tires-tu aujourd’hui de ton expérience de blogueuse ?

Du plaisir. Ce qui n’a rien de phénolo… comment tu dis déjà ? Que c’est beau de voir autant de tranches de vies, de projets, de façon d’écrire, de personnalités différentes ! J’aime contempler. Les blogs semblent un espace de paroles différent, libre de certaines contraintes comme celle de l’entourage proche ou de certains jugements. C’est aussi un moyen, pour certains, de militer, de faire entendre des idées politiques, de témoigner, de respirer, de créer, d’explorer d’autre parts de sa personnalités. Les blogs, c’est une sorte de grande ouverture au monde, pour peu qu’on ait envie de découvrir, d’explorer et de s’exprimer, même si beaucoup de blogs sont marchands ou créateur de buzz sans profondeurs.

Tu n’ignores pas que la publication de ton interview sur un web-journal de l’importance de Désinformations.com t’apportera une célébrité quasi infinie, des followers par millions et des lecteurs encore plus assidus. Es-tu prête ?

Gloupssss. Tu crois qu’il faut que je recrute un(e) CM et un chef(e) de projet ?

Depuis que tu connais Maître Roger, comment ta vie a-t-elle changé ?

J’ai souvent des frissons dans le cou à cause de ses bisous doux, j’ai regardé pour la première fois de ma vie #ADP, et j’utilise le hashtag #monAnalyse. Enfin, je souris souvent sur son site et blog de désinformation capital pour le moral !

Quelle musique as-tu écoutée pour répondre à cette interview ?

Le bruit du vent dans les arbres, et les gouttelettes de pluie sur les vitres.

Et le sexe, dans tout ça ?

C’est une des plus belles choses de la vie avec le soleil, les livres, l’amour et les amis (et mon téléphone portable, un verre de vin, les clefs de chez ouam, …). Et le thème principal de mon blog mi poétique mi érotique.

* j’ai découvert cette expression québécoise il y a peu

***

ITW réalisée par Com Love

Pour commencer, parle-nous un peu de toi ?

Je suis donc une fille ordinaire qui met du vernis sur ses ongles de pied, est trop forte pour enfiler une housse de couette, pisse assise, est un poil intello et déteste faire la cuisine pour un homme.

Quand tu m’as demandé cette interview, j’’ai fait 77 fois le tour de mon bocal de poisson rouge en me disant : mais je ne suis pas une experte !
Le sens du mot «expert» sonne pour moi comme « personne ayant des compétences lui donnant autorité pour parler et/ou donner des conseils ». Perso, je m’amuse à mettre le sexe en mot. Je ne connais rien à la sexologie ni aux sex toys. Mon blog n’’a pas une allure claire, ni une ligne éditoriale précise comme beaucoup de beaux blogs bien chiadés. J’’aborde la sexualité d’une façon intuitive avec un mode essai/erreur et beaucoup de plaisir. Je n’’ai aucun truc et astuce pour faire durer le couple ou baiser comme des dieux. Je ne peux que partager mon expérimentation empirique qui se résume en trois verbes :
Écouter, soi et l’’autre, son propre corps et celui de (des) l’autre(s), son désir profond et l’’instant présent
Dire : non quand on n’aime pas; oui librement quand on veut.
Lâcher prise, s’abandonner que l’on soit homme ou femme.
Et jouir.
(bon, ça fait quatre verbes, mais les listes et moi sommes fâchées).

Vu le genre littéraire abordé, on peut s’imaginer tout un tas de choses, voir fantasmer sur notre auteure favorite. Dans la vraie vie, ça donne quoi ? Une femme mariée sur une île puisque tu parle de Tropiques ou une célibattante du Sud adepte des soirées fetish sur la côte qui voulaient faire parler de son univers ?

L’’imagination est la clef de mon univers. Alors, imaginez-moi sur une île éloignée, aux soirées sur la côte, nue au travail, au fond d’un bois appuyée à une branche, ou sautant sur les lits dans une chambre d’hôtel parisienne. Ou, inventez ce que vous voulez.
Pour être sérieuse, puisque tu me le demandes, le mot «tropiques» évoque à la fois Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss relu l’été où j’ai créé mon blog, et Tropique du Cancer de Henry Miller (bien que je n’ai lu de ce dernier que “le temps des assassins : essai du Rimbaud” et des extraits de ses correspondances avec Anaïs Nin)

Le site existe depuis juillet 2013, mais comment est-il né ? L’idée remonte à plus loin ou un matin, tu t’es dit “tiens si je commençais un blog pour partager ce que j’écris pour moi” ?

Je travaillais sur un document universitaire cet été-là. Je détestais la langue que j’utilisais, notamment les formes imposées de ce langage écrit. C’était douloureux. Et pour me vider la tête, je me suis mise à écrire. Les émotions liées à la sexualité se sont imposées à moi comme matériaux d’écriture. Puis, comme je lisais de nombreux blogs, je me suis dit pourquoi pas moi. Je me suis lancée, la trouille au ventre.

Justement, parlons d’émotions, quand on fait le tour de ton blog, on a l’impression d’être dans une galerie. Chaque histoire est presque un tableau, que tu illustres à chaque fois d’ailleurs. Quelle est la source aujourd’hui’hui de ces “tableaux”, tu écris le matin au réveil après une nuit remplie de rêves ?

Au risque de te décevoir, je n’’ai pas de source unique et je serais incapable de t’expliquer d’où viennent les idées et de quelle manière. L’’idée arrive, c’’est tout. J’’écris parfois le matin si c’’est une urgence, j’’écris beaucoup le soir quand la fatigue met mon cerveau en mode pensée intuitive.
J’’aime bien ce que tu dis sur les tableaux. Quand je relis certains textes du blog, j’’ai la sensation d’une sorte d’impressionnisme émotionnel et sensitif.

On a l’impression en partie de vivre avec toi, tu mêles des histoires à des conseils, des témoignages. As-tu une ligne éditoriale où cela vient au grès de ton inspiration et du monde qui t’entoure ?

Je n’ai pas une ligne éditoriale linéaire, mais plutôt en arborescence. Parce que cela s’impose à moi comme cela. C’est déjà assez difficile pour moi de produire des écrits pros de façon linéaire, alors sur le blog, je laisse libre cours à mon imagination : quand j’ai envie de parler d’’un film, de leçon de choses sur les bas, d’un bouquin, de caviste, d’une expo, d’un vrai rêve, d’’un poème ou d’’une folie érotique, je le fais. L’’émotion peut être joyeuse ou triste, le texte peut-être tonique ou alangui, drôle ou sérieux. Le blog est un espace de détente et de liberté foisonnante.

Tu écris bien sûr pour le plaisir, mais qu’est-ce qui t’incite à continuer ? Ta communauté qui te suit et interagit avec toi ou tu prépares tout simplement une version plus longue ?

Oui la «communauté» ou en tout cas le retour de lecteurs m’’encouragent et rassurent mes doutes. Une version plus longue de mon blog ? Mais il est déjà tellement fouillis !

D’ailleurs, à propos de version plus longue, as-tu pensé à l’écriture de nouvelles, d’un carnet de poésie ou d’un roman tout simplement ?

Oui j’’ai déjà publié une petite nouvelle. Les personnes de mon entourage l’’ont trouvé crue alors même qu’elle est sage et évoque à peine le sexe. Pour le carnet de poésie, c’’est en cours. Je ne me sens pas une âme de romancière.

Pour revenir à tes histoires, certaines sont décrites comme du vécu, tu mélanges ton réel à tes fantasmes ?

Qu’’est-ce qu’’est qu’’un fantasme ?
Je préfère utiliser les mots rêve et imagination. Je mêle du vécu, des sensations, des histoires vraies et entendues, des observations de la vie… J’’aime bien écrire à la première personne. Je tente parfois d’écrire un «je» de sexe masculin. Mon objectif principal est que les émotions restent authentiques.

En tant qu’auteur sous un pseudo, peut-on tout se permettre selon toi ? Y’a-t-il une limite justement à l’écriture de ses fantasmes.

La limite est celle qu’’on se fixe. Et cette limite dépend de nos envies, de notre culture, de notre éducation, de notre fonctionnement de pensée, de notre biologie, de notre éducation.… Le fait d’’avoir un pseudo me laisse de la liberté par rapport à mon entourage. Et pourtant je m’’empêche de (vous) raconter certaines choses. D’’autre part certaines émotions ou rêves ne trouvent pas le chemin des mots, car ils sont trop intimes sans doute. La pudeur est un trésor précieux.

A propos de fantasmes, as-tu trouvé la photo de tes rêves, peut-être l’as-tu gardé pour toi plutôt que de la publier dans ta galerie ?

Sourire. Je n’’ai gardé aucune photo pour moi seule. C’’est un jeu, juste pour le fun. Je garantis aux hommes qui me les ont confiés l’’anonymat et une certaine discrétion. Je garantis aux visiteurs une expo participative. Allez-y lancez-vous !

En définitive, vu tous les échanges sur le sujet, peux-tu nous dire si c’est un fantasme répandu de voir des hommes entre eux comme des femmes entre elles ?

En discutant avec l’’un ou l’’autre, je me rends compte que d’’autres femmes ont envie aussi de voir deux hommes ensemble. Cependant, si s’’afficher bi pour une femme libertine parait presque comme un prérequis, beaucoup d’’hommes précisent qu’’ils sont 100% hétéro. En effet, la bisexualité féminine me semble une norme, attendu social, un fantasme récurent d’hommes (bien que je connaisse des hommes qui n’éprouvent pas de plaisir érotique à voir deux femmes ensemble). Or, pour moi, ce qui doit compter c’’est le désir profond de chacune.

A contrario, laisser s’exprimer ses tendances bisexuelles, même légères, semble moins «naturel» ou plutôt moins valorisé socialement chez les hommes. Quand je rencontre un homme qui se laisse aller à son désir, je trouve cela merveilleux (et terriblement excitant).

D’ailleurs, reçois-tu encore de nouvelles photos que les amatrices pourraient voir dans le futur sur ton site ?

Oui je reçois régulièrement des photos que j’ajoute à ma galerie. Certaines lectrices me disent revenir régulièrement pour se rincer l’oeil tranquille. C’est gai (comme on dit en Belgique).

Le thème principal de ton site est “Textes érotiques”, mais certains ne le sont pas tant que ça ou plutôt, il faut aller au-delà de ton texte pour percevoir tes images. Comment définis-tu un texte érotique et où commence le porno ?

C’’est une jolie expression : «aller au-delà du texte pour percevoir les images». C’’est cela un texte érotique. Il suscite l’imagination du lecteur qui va puiser dans ses propres rêves, dans sa connaissance de la sexualité, dans ses images intérieures, dans ses folies, dans sa carte du monde, dans ses envies profondes. Le lecteur remplit les blancs, les implicites ou les pudeurs du texte. J’aime bien l’idée que le lecteur recrée le texte à sa manière et peut-être loin de mon propre imaginaire. Tant mieux !
Le porno, pour moi, est une description technique et explicite du sexe avec des mots crus, même si la pornographie écrite suscite aussi une part de l’imagination. De plus, les situations décrites peuvent davantage excessives, amorales, incroyables (en tout cas par écrit).
Je ne dis pas que l’érotisme est mieux que la pornographie. Je dis seulement que je ne sais pas écrire de pornographie même quand les mots sont crus (Cf La Mathilde). D’autant que la ligne entre l’érotisme et le porno est fine et mouvante. D’autre part, le mot «érotisme» est souvent employé à la place de «pornographie» pour rendre la pornographie plus accessible. Cet emploi explique la confusion entre les deux concepts. Ce qui ne me pose aucun problème. C’est un simple constat de l’évolution du langage.
Quand je lis un texte érotique, j’aime l’onirisme du texte, un certain réalisme, une bonne dose de psychologie dans les personnages, un scénario et un grain de folie. J’aime les paradoxes.

Je ne peux m’empêcher de te demande ta vision sur le best-seller mondial “Cinquante nuances de Grey”. Quel est ton avis sur ce type de littérature : le Mommy Porn, avait-on besoin de ce nouveau genre littéraire ?

Mon avis ? Mais je n’ai pas lu ce livre. Ou par bribes, debout dans une librairie, comme tous les livres avant de les acheter ou pas. J’ai lu au début, au milieu, vers la fin. Chaque fois, j’ai reposé le livre en me disant: quand va-t-il se passer quelque chose ? J’ai feuilleté les autres récits dans la même gamme avec le même constat personnel. Je ne trouve pas cela assez intense.
Si cette littérature existe, c’est qu’il y a un marché. Je pense qu’elle remplace ou complète les collections qui ont toujours existé en littérature sentimentale. Si les personnes frissonnent, se caressent, imaginent , prennent plaisir, en lisant ces livres alors c’est ce que ces livres ont leur place.

Que penses-tu de cette médiatisation du sexe et des sex-toys en général ?

S’il y a médiatisation, c’est qu’il y a un intérêt. La médiatisation ne me gêne pas. Par contre, les conseils du genre il FAUT faire ça, ou les hommes/femmes aiment ça me paraissent réducteur. Mais je vais revenir au début de l’interview à ce train-là. Glups je radote déjà. C’est grave, tu crois ?
Il y a un marché du sex-toy que je ne connais pas, car j’en utilise peu. Et j’ai du mal à parler de ce je connais pas. Je peux juste te partager mon expérience perso sur la place du sex toy dans notre mode de vie actuel. J’aime les beaux objets et je trouve la plupart des sex-toys laids. L’enrobage rose bonbon et kitch me déplaît. Les magasins de sex-toys ont fait beaucoup d’effort pour être plus accessibles et ludiques. Il est bien plus agréable d’y entrer. Mais j’ai toujours la sensation d’être dans une boutique farce et attrape ou dans un lieu hyperglamour-rococo-érotico-chic. Comme si pour rendre «normal» le sexe et ses objets il fallait en faire trop. J’avoue tout de même que certains accessoires ont ce côté terriblement érotique.

Écrirais-tu pour des objets connectés tels que B-Sensory où chacun de tes mots donnerait des sensations aux lectrices (seulement elles pour l’instant) en plus d’avoir tes images dans la tête ?

Non, je n’ai pas envie d’écrire pour des objets connectés. Autant, je serais fière qu’un de mes textes soit lu lors d’un jeu érotique, autant qu’un objet procure des sensations à certains moments préprogrammées me parait comme les rires préenregistrés des sitcoms. Enfin c’est l’idée que je m’en fais.

Pour finir, à moins que tu en parles ouvertement avec ton entourage, quel est ton secret pour rester caché ?

D’’avoir toujours cultivé un univers secret. C’est ma liberté intérieure.

Merci d’avoir répondu à nos questions
Un dernier mot pour la fin, une création littéraire dictée par le moment ?

MarieO Baiser lancinant des bonheurs à jouer.


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

10 commentaires sur “Contact- Qui suis-je ?

  • Thomas

    Bonjour Marie, je viens enfin de me décider (trouver le temps) de parcourir ton blog.
    Et… J’aime beaucoup. Je trouve tes textes d’un réalisme sublime, entre le cru et l’érotisme. Ils détaillent la vie, ses vicissitudes, tout ce qui fait que nous sommes humains, des êtres imparfaits donc, avec nos qualités, nos défauts et nos zones d’ombre.
    notre société a toujours eu un regard bienveillant concernant les envies de sexe des hommes. En revanche, en ce qui concerne les femmes et leurs désirs les plus intimes, l’hypocrisie sociétale nous force la main, et veut nous présenter les femmes qui assume leurs envies de sexe et qui en parlent ouvertement, comme des
    êtres déviants.
    Merci donc de détromper la doxa, et de nous montrer le visage (entre autre) d’une femme qui a des envies sexuelles, des fantasmes, et qui les assument pleinement.
    Je pense que le porno tend à biaiser notre regard sur vous le plus grand mystère de l’humanité, certaines pratiques sexuelles s’apparentant largement à ces films, même si pourtant, dans l’intimité elles peuvent se révéler bien agréables.
    Après, je ne connais pas le degré de réalité de tes textes… Mais je sais qu’il y a toujours une part de vérité dans les écris… On n’écrit bien que sur ce que l’on connaît non ?
    J’aime beaucoup la femme que je perçois derrière tes textes, cette femme qui n’a pas peur du regard des autres, qui s’assume telle qu’elle est et le revendique. Une femme forte, à l’intelligence décuplée et au regard acéré sur notre société et les pauvres personnages qui y errent l’âme en peine.
    Tu as cette façon de croquer les gens qui fait que l’on s’identifie tout de suite. Pas forcément à eux, mais à toi surtout. J’avoue m’être beaucoup retrouver dans certains textes, notamment ton récit de gare. Combien de personnes telles que tu les décrits j’ai pu croiser tous les jours. Ces êtres qui semblent lobotomisés par la société, le travail, l’argent, le couple. Qui semblent porter le poids du monde sur leur dos, le visage n’exprimant rien d’autre que le grand Rien, aucune émotion.
    Merci donc encore une fois, de ranimer l’Emotion, les émotions dans nos cœurs flétris, de redonner une once de passion dans nos vies parfois si « monocorde »…
    Je vais continuer de lire ton blog et de te suivre sur Twitter, pour me régaler de tes textes et anecdotes.
    Très bonne continuation à toi.

    • MarieTopic Auteur de l’article

      Merci pour ce retour qui me touche beaucoup.
      Je vais tenter de continuer à écrire, tant que mes doigts suivent le mouvement, tant que ma tête me fournit en mots

  • melosensuel

    Je découvre avec plaisir votre nouveau blog, je suis une visiteuse intermittente, en recherche du bon mot pour enflammer mon imaginaire. J’aime lire vos textes, car j’y découvre à la fois de l’implicite et de la découverte. Je vous envie cette créativité et cette liberté de mettre en mot le plaisir sous toutes ses formes, alors en attendant de trouver mon bon mot et ma liberté à moi, je lis, j’explore et je savoure vos mots à vous…

    • MarieTopic Auteur de l’article

      Bienvenue melosensuel.
      Merci pour vos mots et votre visite
      Je vous souhaite de trouver le bon tempo et les volutes de liberté pour exprimer votre créativité.
      Tenez nous au courant, surtout :)))