Cette note est trop longue, c’est une ronde 3


Je suis accrochée à cette coupe de champagne comme à la bordure de la patinoire quand je viens de chausser les patins. Au début de chaque cocktail, réunion, anniversaire, mariage, barbecue faussement informel entre collègues, je me sens perdue. Et, ici, je connais quatre éléments : cette sensation, mes lectures, le chauffeur-cendrillon du jour et le boss. Je ne connais même pas les bonnes du curé, c’est dire comme je suis hors de ma zone de confort. Le champagne, lui, est excellent.

Ces livres jaunis.


Lâcher la rampe et me lancer, tel est mon défi. Tout va bien : je maitrise mieux les talons que les patins à glace. Je vogue d’un point à un autre. Au cours de ce trajet initiatique très personnel, je reçois, de vive voix et dans un murmure, un commentaire à propos de ce blog. Ma réponse est maladroite mais mon émotion joyeuse. Un autre dialogue, dont le fond m’apportait peu mais dont la forme fut rassurante, me donna une légitimité. Pourquoi ai-je besoin de me sentir légitime ? Si vous le voulez bien, je ne vous en dirais rien.
Ce lino déchiré.
Alliée trouvée. Pour une partie de la soirée. Jusqu’au moment où j’attendrai avec patience et ténacité qu’elle libère la place convoitée sur cet homme sandwich. Mais ça personne n’en sait rien encore. Je me demande, encore, où était planqué, durant tout ce temps, le sandwich de luxe.
Cette pièce vide
où dans le rideau de toile épaisse
le vent est esprit
Cette alliée est de bonne compagnie, et nous faisons nos commentaires discrets comme des copines du même canapé de classe. A peine, lui ai-je fait part de mon désamour des huitres visqueuses, qu’une charmante demoiselle me demande si j’aime les huitres :  « Pour aujourd’hui, oui ». Un voisin reprendra ma réplique sans considération aucune pour mes droits d’auteur. L’huitre était si ronde et si charnelle que j’en redemandais, attirée par un dos nu des plus seyant. Je vous dirai si l’expérience m’a définitivement réconcilié avec ces coquillages.

Cette fille, pied nu, à la robe légère, si sensuelle.

 Steingrim-Veum
Ne vous fiez pas aux apparences.
Puisque ce sein me défie, j’ai la ferme intention de le faire frémir. C’est lui qui décidera de me donner congé sous peine de sombrer. Clac. A mon retour sur le canapé, l’alliée a cédé la place à un homme aussi masqué que moi. Il a dû jouer aux chaises musicales quand j’avais les fesses tournées. Je ne saurai jamais qui était cette rude timidité conquérante, mal assurée et délicieuse. Je lui ai fait part de mes émois nés aux parfums du feu où l’or se fait souple, gourmande alchimie.
Cette cravache décalée
je crois
le long de mon dos.
Quelques déplacements plus tard, ou bien était-ce avant, je ne saurais le dire, alors que je m’appuyais négligemment sur une bibliothèque pour soulager mes pieds et garder un point de contact avec un élément stable, un homme, était-ce le même, était-ce un autre, susurre à mon oreille de ne pas laisser passer mon tour. Enivrée. 
Ce regard frondeur caché sous une mantille blanche.
A cet instant précis, je regrette mes voisins. Là sous mes yeux se déroule mon fantasme de baisers et mes voisins, eux, ne partagent pas le même point de vue. Bien. Mon fantasme n’en est que renforcé.

 

 Cette fenêtre de cabinet carrée.
Je sautille pour regarder les toits.
C’est beau.
Le regard attiré par une lumière incongrue, je lève les yeux vers ce qui n’est encore qu’une coulisse en soupente. Les œufs mollets étaient très salés, une vraie tuerie. Je ne sais comment on réussit cet exploit. Dans un éclair de lumière, un torse nu. Ce soir, c’est la première chair d’homme vue alors que tous mes sens sont en éveil et mis en attente. Cette vision fugace réveille ma faim.
Ce lieu de passage à effleurements inévitables.
Ce tableau, je l’ai déjà vu entre deux hommes dans un lit, ailleurs dans une autre vie, sous une mauvaise lumière. Si intellectuellement le concept avait éveillé ma curiosité, ma chair était restée insensible. Puisque cela vous amuse, messieurs, grand bien vous fasse. Ici et maintenant, en haut de cet escalier blanc, à la vue du même tableau, ma chair est saisie en un instant. La seule place libre est devant, tout près, très près. Cette configuration fait mon affaire. J’ai très faim.
Cette cuisse sylphide consentante sous ma paume.
J’ai à peine caressé ce bras nu de la pointe de ma chaussure qu’une onde frénétique s’empare des talons noirs présents. Ils se mettent à caresser, à piquer, à pincer cette chair masculine. Je suis stupéfaite. Sous mes yeux, se joue un ballet à faire frémir de délicate douleur érotique les fétichistes de chaussures. Dans peu de temps, la mienne sera enfilée au bout de ce sexe. Pour l’heure, j’ai la main sur ta jambe et je regarde l’alliée poser, avec une délicatesse appuyée, sa chaussure sur ton intime toi. Elle sait y faire la bougre. Elle t’entreprend et vous échangez quelques claquements fessiers respectifs. Une intime conviction s’installe en moi : je ne bougerai pas de là avant d’avoir fini l’assiette.
Le tapis râpe ma peau.
Encens percussion. 

Le parquet a dû résonner. Les peaux aussi. Je descends, seule, l’escalier blanc, lavée, rincée. Ma robe juste renouée et indécente encore. A la main des talons, des dentelles de taille et d’yeux, deux beiges bas.

Cet autre souffle à mon oreille.
Une lampe d’architecte éclaire la pièce isolée. Dans ce désert, je m’éloigne de toi par respect pour elle. Je reprends mes esprits  tout en enfilant un collant opaque. Comme vous arrivez en contre-jour, comme je suis encore sur un tapis volant, comme les saveurs d’iode sont encore tenaces, j’imagine que vous venez chercher une de vos affaires et je ne prête guère attention à vous. Vous restez immobile, je lève les yeux. Vous vous présentez. Je reste sans voix : avant de venir je me demandais si vous seriez là et je n’ai pas cherché, une seule fois, dans la soirée à vous reconnaître. Mille mercis, monsieur de vous êtes fait reconnaître. Demain, j’aurais été déçue de ne pas vous avoir croisé.

Un poisson est mis en bouteille pour une nouvelle vie.
Deux filles dansent
C’est l’heure des coulisses, l’heure exquise des confidences, l’heure de vérité, l’heure de partir, celle qui allonge la nuit, heure repue, heure des bises, heure de s’assoupir ailleurs.

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