Voyage


Gorge 1

Comment peut-il y avoir autant de douceur dans ses yeux là ? Comment peut-il y avoir autant de batailles entre deux peaux ? Mes cuisses enserrent son cou, fort aussi fort que la nature me l’accorde, aussi fort que le désir me l’ordonne. Un petit animal me dévore le cou, me mord la plante, je couine petit animal prise au jeu. Dans le métro, sa main contre mon dos  me fait frissonner du souvenir de ses lèvres. Ma gorge se mouille. Les vagues des rails me ramènent à son corps, irrésistibles secousses. La langue sur la pointe, je tourne et aspire. La peau se tend, grandit dans ma gorge. Va, […]


Refaire le monde 1

Je t’ai regardé, un livre à la main, assis sur un canapé blanc. C’est l’âge de non-raison. C’est l’âge d’être pote, d’être sexe, d’être câlin, un hug entre les dents, rt si c pa trist. C’est l’âge de la peau qui fane, fleur de printemps à l’été indien. La deuxième saison sait lire les doutes au cœur des yeux rêveurs. Elle devine la jeune nostalgie entre les brins d’herbes écrasés de chaleur. Qu’est-ce que le bonheur ? Des pétales de fleur à assembler ? Des morceaux de puzzle disséminé dans le monde ? Est-ce  savourer les autres androgynes ? Être là. Présents. Chauds. Dans la foule. Au parc. Sur un […]


Au retour d’un voyage sans sexe 2

Au retour d’un voyage sans sexe, je prête mon chargeur à un inconnu. Devinera-t-il pourquoi ? Avant la gare, j’étais à une table où toutes les langues se mêlaient, où les esprits cherchaient leur mot dans le langage de son voisin. Nous étions tous des inconnus. C’était un voyage autour d’une table ronde. Le sexe, lui, n’était que des méprises en anglais où un canard devenait un sexe, par le hasard d’une langue trébuchante. On parlait de pomme de terre dans un pantalon, avec des r qui roulent dans la gorge. On riait de ces méprises. Le rire n’a pas besoin de traduction. On survolait le graveleux sans y toucher […]


Piano gare 5

Une note frappée. Ce son m’attire comme un papillon vers la lumière douce des lampes de nuit. Il est aussi puissant que celui d’une peau claquée. Il frappe l’inconnu, il fait sonner la blanche, et bondir la noire. Quand j’entre dans cette gare, vous aviez disparu de mes yeux, me laissant la trainée poudrée de vos bonheurs. Dans l’air transparent de ce hall de gare, des notes imparfaites, jouées par cœur, cueillent mon intime repu de saveurs. Les doigts restituent les fonds de tiroirs de la mémoire, sans autre ordonnance que celle de l’instant. Il joue, le pianiste de la gare, l’inconnu qui a posé sa valise au bord du […]