libertinage


Promesse d’orage

Il était la promesse de l’orage,  place du marché, face aux halles, côté Sud. Petit et beau comme les pruneaux secs de mon enfance. Compactés dans un sachet transparent, ils attendaient que je les pioche, chacun leur tour. Faisant fi de la pègue, je trouvais les plus charnus, les plus moelleux, ceux dont le noyau pourrait être sucé longtemps pour en tirer le dernier suc. Nous cherchions une place à la terrasse de l’un des deux cafés, face à l’église, celle-là même où je n’ai jamais planté de cierges. Le plus accueillant aura notre faveur. Ainsi était notre seul projet commun en cet instant moite. L’orage, peut-être, nous délivrerait des […]


Laissez mijoter à eau frémissante.

Un long dos s’écoule jusqu’aux fesses. Des gouttes  dégoulinent de la nuque aux pieds. Il est beau. L’eau perle dans les poils de son fessier. Carrelage noir, douche commune, il ne sait pas encore mon regard. Il est propre. Il se retourne. Je suis sous l’eau qui me fouette doucement les seins. Je ne fais pas semblant de me laver ni même de reprendre du savon. Je matte sa peau jeune et lisse, sa chair couleur trente ans. L’eau coule sur mon visage et je n’ai cure de mon image. Immobile, je pose mes yeux sur son sexe. Je ne souris pas. Je regarde sans gêne. Je ne bouge pas […]


Les treizièmes rugissants 1

J’ai aperçu la lumière douce caresser les toits gris. J’ai poussé les rideaux d’opaline. Côté cour, les murs dorés présentaient leurs fenêtres entre-ouvertes. Côté jardin, le bal se dessinait sur une pince à linge vierge. J’ai respiré les fromages des contrées, le nez à même l’assiette, instinct décuplé. Sur mes papilles, la langueur d’une pâte forte diffuse des parfums de chair. Puis, j’ai vu la lumière courir sur le paquet sombre. Je n’ai vu aucune chaussure d’homme, aucune. Tu ne peux pas savoir, toi. Des chaussettes noires parcourues d’un liseré blanc, des chaussettes tigrées, des chaussettes noires au bout rouge, mais pas une seule chaussure masculine. Tu ne peux pas […]


Sauter aux yeux

Vos yeux. Mes yeux. Vos yeux. Mes yeux encore. Je ne sais pas que vous portez des pulls beiges si classiques, ni même que vos chaussures sont belles. Juste belles et noires. Je ne sais pas encore que votre langue a le goût du tabac. Je ne sais rien que la main de cette femme qui me caresse les seins et tente de saisir mon regard. Ses lèvres contre les miennes se collent. Sa peau est une pierre trop lisse. Mes yeux. Vos yeux. A quel moment l’eau se change en feu ? Sur mon cou, vos lèvres courent la partition mordillante. J’oublie la femme aux seins de marbre, je […]