geste de métier


Promesse d’orage

Il était la promesse de l’orage,  place du marché, face aux halles, côté Sud. Petit et beau comme les pruneaux secs de mon enfance. Compactés dans un sachet transparent, ils attendaient que je les pioche, chacun leur tour. Faisant fi de la pègue, je trouvais les plus charnus, les plus moelleux, ceux dont le noyau pourrait être sucé longtemps pour en tirer le dernier suc. Nous cherchions une place à la terrasse de l’un des deux cafés, face à l’église, celle-là même où je n’ai jamais planté de cierges. Le plus accueillant aura notre faveur. Ainsi était notre seul projet commun en cet instant moite. L’orage, peut-être, nous délivrerait des […]


Réunion bleue 1

Longues jambes filiformes, velouté d’un collant bleu-marine, jupe en jean’s à mi-cuisse. Elle est assise sur une chaise impersonnelle, le buste en avant pour se rendre proche du petit groupe à qui elle s’adresse. Aller-retour entre ses chevilles et le haut de ses cuisses, sans arrêt, sans quitter des yeux la feuille quadrillé de mon cahier sage. Elle parle tandis que je m’agrippe à chacun de ses mots pour ne pas sombrer entre ses cuisses. Elle dit communication interne. Velouté bleu-marine de ses genoux. Elle dit des mots intelligents. Ses jambes sont croisées. Elle dit : logo moche. Sa jupe habille la chaise. Sous son pull marine, je devine le […]


Blanche tête 2

Tu parles, rebelle aux cheveux gris trop tôt. Tu es belle depuis que je t’ai serré la main. Je contemple le film de ta vie. Je te regarde assise face à moi. Ton pantalon est rouge, ton blouson de moto élimé. Ta vie est à refaire encore. Tu es fascinante, sais-tu petite chatte écorchée vive ? Entre mes bras, je contiendrai ta douleur. Sur les cordes, je chanterai ta geste. Entre les mots, j’ouvrirai ta cage. Tu  t’envoleras bel oiseau. Tu n’es pas le garçon des premiers, tu es fille et je le sens sous mes doigts. Je suis aussi douce que la pluie et aussi moite que l’été. Je […]


Cadrage

Je t’ai allumé, petit écran vivant. Tu m’a allumé petit écran avec un sexe de mon côté. Sur la pellicule, tu étais beau, habillé, seul dans ton salon. Il y avait une chatte sur le canapé, mais je ne l’ai su qu’après. Elle est jolie, lascive et tigrée. Puis je t’ai regardé comme si tu étais devant moi, en plus petit entre mes doigts. Certains jours, j’attrape la lune entre mon pouce et mon index. Elle est à moi pour cinq centimètres avant qu’elle ne s’en envole quand j’ouvre la main. Tu as soulevé ton t-shirt, et tes tétons seraient dans ma bouche si ton canapé gris était mon lit […]