Émoi


A vif 1

Nos mots ont dit oui et non, nos lèvres respiraient le péché de gourmandise, nos yeux suintaient de pépites. Nous nous étions donnés l’absolution dans nos confessionnaux respectifs. Nous sommes devenus prêtres et rois, consacrés par la vie, absous par nos errances et glorifiés par les méandres du commun des mortels. C’était ainsi que nous avions partagés ce repas sans blasphème, nous ne le pourrions pas. Je n’ai pas laissé monter chez moi ce corps-là. Ce soir, j’ai envie de cette chair paternante. Il faudrait enfouir mes douleurs au creux de ses seins. Je voudrais me repaître de ses tétons.J’en ferai jaillir la consolante eau de tantale. Son ventre serait […]


Rais-de-cœur 4

Alors je prend une décision, celle de jouir de petits riens. Aujourd’hui, mon ventre bruisse. Je le laisse vagabonder dans la voiture qui me traine au travail. Je croise des camions et des visages creusés dans la pénombre du matin trop tôt. Morne circuit bardé de ferraille. Des totems nous rappellent qu’il ne faut pas rouler trop vite où ils grilleront de leurs yeux maléfiques. Ne roule pas trop vite, ne parle pas trop fort, impose-toi mais pas trop, utilise les mots de bois mais avec congruence. A la bretelle d’autoroute, je bifurque vers les forêts sans panneau indicateur. Les pensées métalliques se dispersent, poussières d’abscons.  Sous les arbres, sa […]


Peintre de langue 1

Dans la ville, nous avions traversé les fleuves enfouis. Je tentais de suivre le flot de tes paroles qui s’accrochait aux rochers, de temps à autre quand la vague submerge. Surtout, je ne voulais pas finir tes rêves avant que tu ais pris le temps de les prononcer. Grand homme des cavernes, gaulois érudit, peintre rupestre aux doigts habiles mais je ne le savais pas encore. La ville nous entortillait de ses allées. Elle nous ramenait aux souvenirs tout en nous plongeant dans un futur doux et simple. Elle était à nos côtés. Nous avons fait plusieurs fois le tour de nos citadelles. J’aime les yeux clairs quand j’ose y […]


Te faire l’honneur 3

Devant moi défilent les hommes de ma vie. Vingt-ans déjà. Vingt-ans et tout semble recommencer. Le sexe ne trouve pas son chemin, les peaux piquent et collent. Tout revient. Les corps ne se parlent. Personne ne sait comment l’amour se faufile entre les grandes lèvres. Pourtant aujourd’hui, je sais. Il ne faudrait jamais commencer à s’attacher avant d’essayer les corps. Tout les hommes de ma vie défilent dans la chambre à coucher aux murs écaillés. Cette histoire ne m’appartient pas, je dois fuir ces lits de complaisance. Ils étaient sexe triomphant. Ils étaient mon dos collé au mur, et leur désir au fond de mon cou. Ils étaient lèvres ardentes […]