Émoi


Dixit

Sur la carte à jouer, un escalier rouge grimpe. Dès que je vous ai aperçu, monsieur, mon sexe s’est approfondi. Vous portiez un pull marron, un peu élimé, un pantalon de velours beige et des chaussures de marche. Sur un coin de table, vous déposez une polaire bleu marine, et mon sexe imagine le vôtre nu comme un ver, brillant à bout, rosée du matin à recueillir. Je ne voulais pas vous déranger avec mon œil si poli qu’il en est malhonnête, alors j’ai évité le vôtre, marron sous une châtaigneraie. Nous avons échangé deux mots au bar. La serveuse est si jolie que mes entrailles fondent son sourire mais […]


Tengo

Tape sans arrêt, cymbales sans cisaille, tape je suis sous tes marteaux, vibre sans fin. Elle bat la batteuse, la tête en symbiose avec les cadences. Métronome puissant, elle règle les hanches à la virgule près. Je ferme les yeux, le cou en balance. Je ferme les yeux dans ce salon où je frappe du pied, colère d’ici et du passé. Pourquoi se fourrer dans des galères consenties où le maître du jeu fouette les rameurs rebelles ? En haut en bas. Épaule, reins. Je ne sais où sa baquette va donner le rythme. Tout est dans le poignet. Je lutte contre la batteuse, je lutte contre les cadences. Mon pied […]


Et d’eau fraiche 2

Sur les murs, j’ai rayé ton nom. Je l’ai gribouillé de traits parfumés. Je l’ai dessiné à l’encre sympathique pour tu sois un filigrane sous la peau. Il ne faudrait pas que nous te  reconnaissions car tu fais fuir au loin, ou encore nous agripper sans bouée. Pourquoi, dès que nous te prononçons, nous nous sentons liés sans fin, jusqu’à ce que la mort nous capture ? Pourquoi serais-tu au singulier face aux orgues naissantes ? Sur les barricades, il faudrait hurler ton nom. Dans les couches secrètes, il faudrait laisser exploser ton son. Si tu étais une corde, je t’enroulerais autour de nos corps, douceur ardente. Au fur et […]


Sérendipité de mer 3

Sous mes joues glacées, la mer était vert-de-gris. Les cheveux roux étaient fous dans le vent vif. La vie avait deux côtés. Pile, on voyait les falaises mi grises mi raisins. Face, on contemplait les coques de fer mi figue mi pimpantes. Les cheminées ne crachaient pas de feu. Le vent mangeaient nos visages rougis. Sous nos pieds, le sable beige avait durci d’eau éloignée. Il s’égrainait en souffle transparent au ras du sol. Face à elle, j’ai appris à rêver sans rien faire. Assise sur des rochers saillants, elle me soupirait des songes bleus et salés. Des heures durant, j’aimais y chercher des cailloux roulés par les flots.  Des […]