cordes


Le ventre du monde

Recroquevillée sur le sol, j’entends les bruits du monde. Il craque sous mes oreilles, il s’agite tout autour. Entre mes mains, mes jambes sont immobiles. Le bois flotte, je souris au retour. Dans mon monde ne restent que les sensations, les pas mêlés, les objets sonores, le caoutchouc dansant. Dans le ventre du monde, je flotte. La foule se range, pas à pas, au pas crescendo. Plus jamais le monde ne frappera pour me faire revenir parmi eux. Ils veulent me parler pour que je leur retourne mais l’irréel est mon pays. Laissez-moi m’assoir à côté de la sortie, contre la vitre fraiche. Le rap rythme, le monde crie par […]


Peintre de langue 1

Dans la ville, nous avions traversé les fleuves enfouis. Je tentais de suivre le flot de tes paroles qui s’accrochait aux rochers, de temps à autre quand la vague submerge. Surtout, je ne voulais pas finir tes rêves avant que tu ais pris le temps de les prononcer. Grand homme des cavernes, gaulois érudit, peintre rupestre aux doigts habiles mais je ne le savais pas encore. La ville nous entortillait de ses allées. Elle nous ramenait aux souvenirs tout en nous plongeant dans un futur doux et simple. Elle était à nos côtés. Nous avons fait plusieurs fois le tour de nos citadelles. J’aime les yeux clairs quand j’ose y […]


Minuit nu 1

Exposé, entier. Nu. Les bras en croix. Son sexe est une tempête calme. Serrer le cuir quatre fois. Une écharpe douce et chamoisée fait le tour de ses yeux. Il est beau, la tête enserrée dans la soie qui porte son odeur à elle. Quelques temps auparavant, il m’avait dit qu’il ne portait pas de caleçon sous son jean. Nous avions négocié sec avant de manger du saucisson. Une ceinture après l’autre, le piège se referme. Il devient une pièce de bois dont les biceps sont saillants. De petites lignes bleues, des veines sans aucun doute, cheminent vers ses mains abandonnées. La corde noire s’enroule autour des cuisses, serpent qui […]


Temps suspendu 3

Nous volons à travers la ville. Brune, les yeux plongés dans le sol gris, son sexe est suspendu entre ciel et ailleurs. Elle ne regarde aucun des passagers du métro aérien. Sa présence irradie le wagon impassible. Sans maquillage, un carré court dont une mèche est coincée derrière l’oreille, son visage ne bouge pas d’un cil. Chaque interstice de la rame est emplie de son essentiel. Elle redresse la tête. Son menton pointe vers un monde inconnu.  Une constellation noire décore son sac blanc cassé. A chaque arrêt une vague de passager s’écoule par les portes ouvertes tandis que sa présence habite avec nous. Une fausse fourrure noire recouvre ses […]