chemin de fer


Quelle indécence !

La routine remontait le quai du tram. Je suivais le cours de la foule, aucune autre issue possible. Je m’étais habituée à l’enchevêtrement de mes pensées, compressée dans l’affluence sortie du bureau. Nos masques sur le nez, nos tickets compostés sur la sagesse, nous avions validé le droit d’être la foule grise, sac au dos, casque sur la tempe. Je m’interdisais de sortir mon écran de compagnie pour humer la réalité crue. Là, ils me sautent à la figure. Là indécente jeunesse. Là tout contre les portillons de sécurité, ils s’embrassent. Choc. Moi qui ai vu les corps sans textile, qui ai baisé les culs bénis, qui ai écrit les […]


Au parfum 1

Petit côté garçon bien sage qui ignore ce qu’est une bifle, côte à côte, bras qui se frôlent, le ticket de métro parisien sert de marque page, jean, veste.  Mes yeux se glissent entre les lignes de son livre d’un beige à peine vieilli. Je le reconnais.  Et je l’imagine nu à côté de moi, sa valisette d’ordinateur cachant son sexe, et ma main qui frôle sa cuisse. Il continue de lire tandis je le prends, peau à peau, main sur le poil. Il lit, sa chemise blanche suinte de sueur parfumée, de désir fleurant. Je l’imagine célibataire à traîner sur les sites à tenter de trouver l’âme sœur alors […]


Ranchero 1

Il m’a mis sur les rails, les jambes écartées. Il m’a attachée au poteau, les jambes écartelées. Certains voyages ne sont pas organisés. J’étais sur une glissière et je ne pouvais plus bouger, presque plus. Je l’ai regardé tourner autour de moi, des sangles au bout des bras. J’ai entendu les accroches de fer. J’ai senti le cuir qui enserre. J’ai soupiré aux enfers proches. Les murs sont rouges, soudain le noir. La lumière passe par six petits trous. Ce sont des phares auxquels je me cramponne. Ils me rappellent que dehors existe encore. Ils laissent passer l’air frais et laisse filer l’air vicié. L’étau se resserre, les lacets évacue […]


J’ai écrit sur ton sexe 1

Trois mots silencieux sont à quai de gare. Clac. Plus fort que clac, les sens sont vifs. Chaque bruit, chaque sensation sont devenus une intensité douloureuse comme le réveil après les nuits de chair et de dévotion. Trois mots silencieux sont à quai et le regard se détourne trop plein. Elle porte de jolies chaussures compensées, avec des brides d’or et de peaux écaillées. Elle me sourit, elle dit au revoir. Elles se tracent de signes sur le hublot allongé de la porte désormais fermée. Leur index se touchent à travers la vitre froide et déjà l’absence a repris ses droits. Elle n’a pas pleuré, elle n’est même pas triste. […]