chemin de fer


Ranchero 1

Il m’a mis sur les rails, les jambes écartées. Il m’a attachée au poteau, les jambes écartelées. Certains voyages ne sont pas organisés. J’étais sur une glissière et je ne pouvais plus bouger, presque plus. Je l’ai regardé tourner autour de moi, des sangles au bout des bras. J’ai entendu les accroches de fer. J’ai senti le cuir qui enserre. J’ai soupiré aux enfers proches. Les murs sont rouges, soudain le noir. La lumière passe par six petits trous. Ce sont des phares auxquels je me cramponne. Ils me rappellent que dehors existe encore. Ils laissent passer l’air frais et laisse filer l’air vicié. L’étau se resserre, les lacets évacue […]


J’ai écrit sur ton sexe 1

Trois mots silencieux sont à quai de gare. Clac. Plus fort que clac, les sens sont vifs. Chaque bruit, chaque sensation sont devenus une intensité douloureuse comme le réveil après les nuits de chair et de dévotion. Trois mots silencieux sont à quai et le regard se détourne trop plein. Elle porte de jolies chaussures compensées, avec des brides d’or et de peaux écaillées. Elle me sourit, elle dit au revoir. Elles se tracent de signes sur le hublot allongé de la porte désormais fermée. Leur index se touchent à travers la vitre froide et déjà l’absence a repris ses droits. Elle n’a pas pleuré, elle n’est même pas triste. […]


Trousser bagage 1

Derrière le rideau de pluie, tu t’en iras. Déjà parti, ton sexe en rut jamais ne s’arrêtera aux frontières des âges. Nous étions en transit, bagages posés dans l’aérogare mauve. Le ciel était vert de jalousie, l’été bientôt s’éteint. Ton vol part à l’ouest, et moi je n’ai pas encore choisi mon terminal, ni même la correspondance. Je n’ai pas  de billet en poche, tu m’a donné l’obole et les pagodes ramenées de là-bas. J’ai embrassé ta vie sur un coup de roulettes russes. J’ai voyagé, aussi. Il y avait des fêlures dans le cuir de nos cœurs. Nous avons rempli la vie de fleurs sauvages, là-haut dans les nuages […]


Au dormant de gare 1

Tout contre le béton, je me berce à la musique éraillée qui sort du piano de la gare. J’attends, je ne sais pas ce que j’attends ou le sais trop bien. Je voudrais m’endormir ici, dans la gare, tout contre les notes qui parfument le gris des sols quotidiens. Devant moi, défilent les existences. Celui-ci est un peu fou, il parle aux fausses plantes vertes, puis va s’appuyer contre la rampe de l’escalier qui conduit vers les souterrains. Il continue son soliloque, seul dans les pas qui traversent l’ordinaire. Cet autre parle seul, aussi. Son pas est scandé par des incantations invisibles Un autre encore marche en lisant quelques photocopies […]