Blanche tête 2


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Tu parles, rebelle aux cheveux gris trop tôt. Tu es belle depuis que je t’ai serré la main. Je contemple le film de ta vie. Je te regarde assise face à moi. Ton pantalon est rouge, ton blouson de moto élimé. Ta vie est à refaire encore. Tu es fascinante, sais-tu petite chatte écorchée vive ? Entre mes bras, je contiendrai ta douleur. Sur les cordes, je chanterai ta geste. Entre les mots, j’ouvrirai ta cage. Tu  t’envoleras bel oiseau. Tu n’es pas le garçon des premiers, tu es fille et je le sens sous mes doigts. Je suis aussi douce que la pluie et aussi moite que l’été. Je vais labourer ton champ que tu perdes sens.

Je m’agenouille devant le fauteuil de ta vie. Tu baisses ton pantalon, tu comprends si vite. Tu n’a pas voulu l’enlever devant les policières, tu n’as pas voulu te faire fouiller, tu as refusé et tu leur a cassé la gueule. Dans le sens premier du terme. Forte tête. Respect go. Je veux laper tes plaies, je veux les pomper. Elles vont suinter sur mes lèvres. Tu enlèves ta culotte, et les poils de ta liberté s’épanouissent. Écarte bien les jambes, princesse sans destrier, écarte bien et montre-moi ta puissance. J’aime. Ma langue colmate tes douleurs, ma langue sur le bord de tes sourires, ma langue comme une distance entre les maux et les anneaux. Je m’applique pour toi, déesse aux cheveux blancs, jeune arc aux flèches acérées.

Ma langue le long de tes cuisses mange tes désespoirs. Oublie. Ma main, à l’entrée de ton destin, prend la rudesse de tes jours. Enfuis-toi. Mon doigt tourne le vent mauvais. Il dévoile les caps où tu gémis. Je t’aime quand tu trouves la voie. Laisse filer le plaisir, montgolfière sans diable. Tu souris encore.  Puis ma bouche commence l’assaut de ton cou. Ta tête bascule en arrière. Je passe dans tes cheveux, ma bouche s’approche de la tienne et elle te dépose sur les lèvres les saveurs de ta vie. Savoure ce que tu es, folies et douleurs. Savoure tes rebellions et les accalmies. Demain, à nouveau, tu pourras danser dans ton bar. Demain à nouveau, les musiciens se presseront dans tes murs pour résonner de jouissance. Ta vie, c’est transformer le monde. Ma langue, c’est déformer ta bouche. Hurle. Ne hurle plus de chagrin. Hurle de plaisirs, blanche tête.

Lève toi. Ôte le reste de tes habits. Tu n’as pas voulu devant la policière. Elle ne te voulait pas du bien, elle. Ôte tout. Je me faufile derrière toi. J’attrape tes bras avec une infime douceur. Ils sont dans ton dos. Je passe les menottes à tes poignets. Avec ma ceinture, j’attache tes chevilles. Viens, nous allons libérer ton âme. Je te souffle dans le cou. Je te caresse. Du nombril à la nuque, ma bouche remonte. Ce n’est rien, je ne suis pas la policière. Je vais te serrer. Sans concession. Tu verras comme on y est libre. Je lie tes cuisses avec mon écharpe. Sens-tu tes sens s’ouvrir ? Je défais la lanière de mon sac à main pour oppresser tes épaules. Je te fais mettre à genoux. Mon corps guide le tien jusqu’à ce qu’il soit allongé sur le côté. Sens-tu comme le sol est froid ? Sens-tu comme l’inconfort enivre ? Je passe la pointe de mon stylo sur la pointe de tes seins. Je souris, mes yeux dans les tiens. Mes mains s’égarent dans la blancheur de ta chevelure, elles tournent puis tirent, sèches. Tu souris. Tu grimaces. Ton voyage vers la liberté commence. Points de suspension sur l’avenir.

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Illustration : Moréa Doloniac BD


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