Audacieuse ondée 2


ressac

Au fond du foyer, là où des marins pêchent sur l’acier, une petite braise luit encore. Son rouge frétillant déchire le noir de la nuit. Des éclairs sans cesse illuminent la salle à manger vide. L’orage tourne, incessants cris de colère. Je tremble comme une enfant feuille, dans mon débardeur blanc, à peine assez épais pour cacher mes seins. Ils pointent de peur, heureux d’avoir trouvés une excuse pour quémander une place dans le lit de l’homme.

Vous étiez près de la table, vous aussi réveillé par les éléments qui se fâchaient de nous voir dormir chacun  seul, dans une des chambres de la chaumière de mer. Vous étiez dans un rêve où la fée des grèves trainait sa détresse sur le carrelage froid. Hier soir, votre fée riait de l’ondée qui coulait des folies sur sa peau. Hier soir, vous posiez votre joue sur la cuisse blanche, et votre oreille sur le sein de la sirène. Les nuages caressaient le ciel. L’air était frais, le blanc crémant pétillait avec une intense finesse sur la langue. Et le silence pur. Sous les pins, le ciel incertain transperçait. J’ouvre la bouche aux gouttes drues. Je tire la langue aux conventions, les pieds nus sur le marbre grisé. Je ferme les yeux sur votre audace.

Les vagues déroulent leurs aléas fracassants. Nos corps jouent de l’eau étendue de tout son long. Vous vous allongez dans les creux des vagues, vous laissez les rouleaux vous porter ou vous submerger. Vous vous abandonnez aux émotions et votre corps coule. Je saute les vagues, droite. Je soupire à la mer, ma mère de jouissance.

L’orage se fracasse sur la rondeur des vitres. Votre lit m’appelle plus fort que la raison mais les fées n’ont pas de chatte. Votre tête dans la clarté du matin, votre tête sur mon sein respire les rêves aux parfums de chance. Au petit jour, la nuit s’évapore en une expiration douce. Les marins rentrent au port, le fruit de leur pêche sous leur cœur.

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Illustration : petites luxures


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