Au parfum 1


Petit côté garçon bien sage qui ignore ce qu’est une bifle, côte à côte, bras qui se frôlent, le ticket de métro parisien sert de marque page, jean, veste.  Mes yeux se glissent entre les lignes de son livre d’un beige à peine vieilli. Je le reconnais.  Et je l’imagine nu à côté de moi, sa valisette d’ordinateur cachant son sexe, et ma main qui frôle sa cuisse. Il continue de lire tandis je le prends, peau à peau, main sur le poil. Il lit, sa chemise blanche suinte de sueur parfumée, de désir fleurant. Je l’imagine célibataire à traîner sur les sites à tenter de trouver l’âme sœur alors que le sexe est assis à côté de lui. Je laisse le métro me ramener tout contre son bras

Il a choisi de s’assoir à côté de moi. Rien ne l’y obligeait. Le métro n’est ni vide ni plein. Il est l’heure des petits cadres qui rentrent au bon tempo. 19h. Ses lunettes ont sautées, sa petite barbe bien entretenue, bien proprette qui n’a rien avoir avec celle d’un viking. Il vit en caleçon chez lui, n’osant pas même se promener sa propre nudité. Je prendrai sa main et je la mettrai sur mon sexe et l’autre sur mes seins (je n’oserai rien tant je suis incapable de lui demander ce qu’il lit).

Je l’ai reconnu entre les lignes, voyageur sale sans âme. Il arpente les terres à la recherche des odeurs. Il tombe amoureux du parfum de la belle. Il ne dit mot. Il tue. Il est poussiéreux et talentueux. Maléfique  alchimiste des pétales. C’est ce livre-là. Inoubliable.

Les mouvements de sa respiration, les micro mouvements de son corps m’enchantent, les à coup du métro qui stoppe fort, en quelques soubresauts comme ceux d’une levrette, le départ doux, et mon ventre qui se vrille avec trois fois rien si ce n’est la perspective de faire l’amour à cette fille, tout à l’heure. Ventre qui se sert.

Sortie, entrée, le métro est une scène, unité de lieu et de temps. Il est en face maintenant. Il a changé de place. Je l’ai reconnu son livre. Il lit bien le parfum. Ongles trop courts, doigt un peu large qu’on pourrait croire malhabile , chemise fit qui s’entre ouvre, peau laiteuse. Il ne lâche pas des yeux les mots noirs. Le wagon sursaute. La voix métallique annonce la fin. Ce livre est génial, dis-je en me levant. Le petit cadre aux doigts gras, me regarde éberlué. L’escalator m’emporte. La porte du métro se referme, inlassable rideau de fin. Et la fille a un beau sourire. Pour moi.


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