Au bout de la ville 13


Tu vas arriver au pied de ce train. Ou au bout du quai. Ce n’est pas une toute nouvelle ville. Ce n’est pas une nouveauté. Tu ne connais pas sa photo. Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas au bout du quai, c’est en bas de l’hôtel, où tu es arrivée avec ta voiture. S’il n’y pas la neige pour tout contredire. Ou la grippe. Contredire quoi ? puisque tu ne connais que trois mots sur un papier immatériel.
Tu ne sais pas, tu ne te fais pas trop d’images. Pas trop, parce que ton cerveau, lui, t’a fait des images indécises, la nature est ainsi faite. Pas trop, car tu lis entre les signes, entre les mots discrets sur fond blanc. Pas trop car tu ignores les dédicaces, les précisions, les précautions, les questions qui se glissent dans les interlignes courtes. Pas trop de point de suspension dans tes neurones. Ce sont des blancs à remplir d’un autre.
C’est étrange, tu ne trouves pas ? C’est étrange, tu sais quelle partie de vie tu vis, tu sais que tu te retourneras en te disant dans dix ans : c’est vrai y’avait tout ça, ces quais de gare, ces voyages improbables, ces peaux, ou juste ce sourire croisé entre deux métros. Ces draps blancs à arracher, ces oreillers qui sentent les ébats au petit matin seul, ces dos collés au petit matin duo, ces chambres à crier, ces serviettes blanches, toutes ces serviettes blanches jetées sur le sol de la salle de bain. Et ces objets égarés dans les piaules. Là-bas un t-shirt, là un bas, ici des boucles. Cendrillon partout où personne ne veux que tu te trouves.
Tu sais, le jour où tu te retournes un verre à la main et le sourire aux lèvres. Tu fredonnes en parlant. Ou tu parles en fredonnant de soupirs. Ce sourire à offrir, ces yeux à baiser et l’oreille qui chavire. Tu sais où rien est écrit. Où tu peux passer une soirée, trouver un ami, t’enivrer de mots et jouer d’effleurements. Où tu peux passer aux désirs. Ou aux frissons. Ou rien. Ou rien.
Tu sais, trois mots de piano, trois bistrots, trois accords. De trop. Ou de moins. Tu sais juste que tu ne sais rien, que la vie est aussi prévisible qu’incroyable. Tu sais, c’est l’expérience qui défraichit pendant que l’esprit sait mieux encore. Tu pianotes la vie. Et les yeux qui s’illuminent. Et les yeux qui s’illuminent.

 


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