Agression à caractère sexuel 3


agression sexuelle

Baupin, salaud. Il y avait eu DSK avant, mais je n’étais pas prête. A cette époque-là, je pensais :  «DSK est une ordure, mais cela ne me concernait pas». Peut-être parce que cela se passait loin, en Amérique. Je me disais, ils sont tous comme ça, les politiques. Je me disais, si on l’a pris la main dans le sac (à couilles), lui le président du FMI, c’est pour qu’il ne soit pas élu. Je ne suis pas une fine analyste politique. Pire, c’était une femme de chambre noire qui fut agressée, et cela ne me concernait pas.

Il n’y a pas longtemps, trois jours exactement, j’ai pris conscience en lisant l’Amant de Duras, que bien malgré moi, dans mon héritage culturel, il y a une part de racisme. Cette part de moi parle à mon insu parfois. Elle me fait représenter les pays lointains comme sous-développés, c’est-à-dire n’ayant pas atteint le même niveau de culture supérieure que la nôtre. Attention mettre en conscience cette petite voix intérieure acquise par la culture dont je suis issue, ne veut pas dire que je suis d’accord avec cette petite voix. Pas plus que je suis d’accord avec mon patriarche intérieur. Mettre en conscience cette petite voix intérieure et ses fausses croyances, me permet de mieux la combattre.

Mais revenons aux agressions sexuelles de DSK. Pour les raisons citées au-dessus, cette affaire ne me concernait pas. Avec l’histoire Baupin, le fait que les femmes agressées soient des membres d’un parti politique, le fait que sur twitter la parole d’autres femmes se soient libérée, a réveillé mes propres agressions. Pire, j’ai compris que quasi  toutes les femmes ont subi une agression à caractère sexuelle. Je le savais intellectuellement, mais c’est comme si, aujourd’hui ce savoir passait la barrière du déni et finissait par me toucher enfin. De plein fouet. Aujourd’hui, j’ai raconté à mes enfants, garçon et fille, les femmes qui ont enfin pu accusé Baupin. J’ai dit que presque toutes les femmes ont subi des mains aux fesses non consenties, des mains sous la jupe, des coller-serrer, etc, etc. Mon fils m’a dit : « oui, mais à toi ce n’est pas arrivé». Ce n’était pas pensable pour lui. Alors je lui ai raconté ma première agression que je vais vous livrer ici. Mais je lui ai tu  -la honte m’en empêche- la dernière main aux fesses de la part d’un de mes collègues et amis, alors que nous travaillions ensemble. J’en suis encore trop marquée.

Mon « baptême» d’agressions à caractère sexuel s’est fait à Saint Pierre de Rome, dans une foule nombreuse. Ma meilleure amie et moi, avions perdu notre groupe. Nous étions en voyage de classe. Une cérémonie était en préparation, et nous étions accoudées à une barrière à mater les gardes suisses. Je portais une jupe d’été, ample, qui arrivait aux genoux. Soudain, je sens une chaleur sur ma cuisse. Cela dure quelques secondes. Par réflexe, j’attrape la main pour la dégager de là. Je m’en voudrais par la suite, de ne pas avoir eu la force de tenir la main, de me retourner et d’en coller une à l’agresseur. J’en parle à ma copine, qui me dit avoir senti la même chose. Aujourd’hui, deux aspects me bouleversent encore : le certain plaisir que j’ai pris à ces caresses non sollicitées, alors même que je fus profondément choquée ; le silence vide quand je tentais d’en parler aux autres filles lors des douches du soir. Même ma copine ne voulait plus en parler. Je voulais me confier aux profs, mais tout le monde m’a dissuadé. C’est fou comme, si jeune, on a intégré ce silence, cette omerta pour reprendre les mots de la presse de ces jours-ci. C’est fou que je n’arrive pas à dire, comme je me sens coupable de la main aux fesses de mon collègue.

Mon fils, ado, m’a dit que cette conversation était ridicule, qu’il n’était pas le genre à faire ça. Je lui ai répondu que je n’en doutais pas, qu’une fille, ou un autre homme, n’avait pas non plus le droit de lui coller une main sans son consentement. Je lui ai dit, avec des mots maladroits, on est toujours maladroit pour parler de sexualité avec ses enfants, que c’était mon travail de parent que de lui parler de la vie.

Lisez le témoignage de ces filles qui ont été violées par leur cousin. Prenez conscience que les «petits» compliments sur le physique des enfantes, des filles ou des femmes qui n’ont rien demandé, participent à cette culture permissive où le corps des femmes est considéré comme la propriété des hommes. Non, ce n’est pas une draguouille gentille. Vous êtes peut-être le troisième ou le dixième client de la journée qui «draguouille». Et que toutes ces sollicitations sexuelles, car la drague est une sollicitation sexuelle, font que les femmes sont trop souvent en état d’alerte.

Alors, oui ce billet est différent des autres. Je crois qu’il traine même dans ma mémoire une séance de baise à la limite du viol. Oui, j’aime les mains aux fesses de mon amoureux ou de ma.on amant.e. J’aime le sexe, quand je l’ai consenti, avec qui j’en ai envie et dans les pratiques me siéent. POINT.  Et ce soir, je pleure avec les femmes.


Si tu as envie d'écrire, j'aurais plaisir à te lire

3 commentaires sur “Agression à caractère sexuel

  • Stan/E.

    Merci de ce billet. J’ai toujours chevillée au corps et comme une boule d’angoisse de savoir, à peine commencé, ce que racontera la suite… Douleur infinie, envie de tuer à lire ces choses qui me touchent parce qu’évidemment, malheureusement elles font écho tristement à d’autres mots, prononcés ceux-là une nuit, un matin, dans un mail par d’autres femmes qui me sont si proches. Et aussi parce que j’ai ressenti cette colère impuissante et trop tardive à chaque fois que quasiment TOUTES, amie, amante, femme, et même fille (Douleur noire de n’avoir pas vu, senti, compris au moment où) … m’ont confié un jour.

    • MarieTopic Auteur de l’article

      Il ne faut pas oublier que TOUS les hommes ne sont pas ainsi, et que j’ose croire que la grande majorité sont respectueux la majorité du temps.

  • Rita Renoir

    Quand je ne dors pas la nuit et que je tombe sur un de tes textes que je n’avais pas encore lu c’est bien plaisant même si le sujet est dur. Je me demande si un jour j’arriverais à au minimum écrire à ce sujet… Merci du partage.