A l’index 4


main perroquet

Quelques centimètres de peaux nous raccordent. Mon cerveau sensuel tourne. J’accompagne ton doigt qui dessine l’air et danse le présent plein. J’accompagne ton doigt de tout mon corps, de mon énergie chaude, de ma pensée consciente, de mes élans profonds sans rien chercher d’autre que de garder nos millimètres de peau collés à bout de doigt. Index contre index.

Au bout de ton doigt, toi que je ne comprends pas, toi que le hasard m’a fait croiser, toi en chaussettes sur ce faux parquet, tu t’abandonnes les yeux fermés. Debout. Sans chaussures. Avant ton doigt, tu étais, pour moi, empêtré dans tes moi, maladroit de toi, trébuchant sur les émois sans savoir qu’en faire. Je te vois riche de ton acharnement à vivre, riche de tes  véhicules, et je n’avais pas encore vu tes chaussures de luxe. Avant que ma peau ne se pose contre ton énergie, tu m’étais un antipathique en chaussettes bleu marine.

Au bout de ton index, il y a ta peau toute entière. Au bout de ton index se loge le souvenir – au temps de l’évidence – de peaux inconnues. J’accompagne les mouvements de ton doigt. Ce qui se joue dans ces instants est invisible. Du bout de ton index, je crains que tu lises ma chair à nue dans ses libertés. Je concentre mes sens, je lâche les ailleurs et je suis tes millimètres d’empreintes digitales qui virevoltent. Une énergie chaude, déjà goûtée à fleur de peau, est au bout de nos doigts, une énergie dont se repaissent certaines peaux mâles qui s’amarrent à mon corps.

Dansent et tournoient les vies à peaux reliées. Je veux te suivre, je tente d’abandonner le guidage, je soupire au pilote automatique. Dansent les peaux à index ténu. J’oscille entre les doutes et l’assurance. Ne pas rompre le lien quelques soient tes envies d’envolées. J’aime l’humanité de tes aspérités. J’aime ceux que je touche, une heure ou une seconde. Ne me déçois pas, ne ressemble pas à mes pères. Sois toi, sans chercher à me plaire. Virevolte, je t’accompagne une heure ou une vie. Va vers l’index souple.

Au bout de ton index, habite la survie de tes maux, le contrôle constant de ta maladie. Ton index, contre le mien, ne sait quelle maladie a rongé mes sangs. Ton index ne sait pas le ventre qui accouche de la mort. Il ne sait mon sexe qui bat. Mon index ne sait pas tes inconnus. Nos empreintes digitales dansent, en inconscients libres.

[ Sais-tu, homme en chaussettes bleu marine, qu’au bout de mon index, certains ont dansé de joie, ont exulté de chaleur, ont lâchés leur barrière, se sont aspirés de plaisir, ont jailli ? Le sais-tu ? ]

Au bout de mon index, diras-tu, au bout de mon index, j’ai trouvé de l’agréable, j’ai trouvé un échange. Je ne savais plus qui guidait qui. Je ne savais plus et c’était bon. Au bout de mon index, pensais-je, il y avait une peau qui dépassait ton imagination, homme en chaussettes. Au bout, l’énergie était chaude et libre.


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4 commentaires sur “A l’index